Dans le loft avec J
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24 heures chrono - sai
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C'est le jour des élections primaires du candidat démocrate à la présidence des Etats-unis. Le vainqueur probable est David Palmer, un type bien, déterminé à ne pas gouverner en se bouchant le nez. Et s'il est élu candidat, tous les sondages le donnent vainqueur pour la présidence.
Petite précision : il est black. Et il a un contrat sur la tête. Même que c'est pour aujourd'hui. Un truc à la Kennedy.
En face, Jack Bauer. Agent de la cellule anti-terroriste chargé de déjouer, avec l'aide de ses collègues, le futur attentat.

"Ces évènements se déroulent en temps réèl"

Le concept de la série, énoncé en exergue du générique des premiers épisodes, c'est que tout ça se déroule en temps réèl. Soient 24 épisodes de une heure (moins les pubs) sans éllipse, sans flashback, où comment les personnages vivent le déroulement de l'intrigue en même temps que les téléspectateurs. Pas de fondu au noir. Et surtout une idée qui rend la série hyper originale et follement expérimentale (j'assume l'usage d'adjectifs aussi pourris : je suis fan). Parceque le temps réèl, au cinéma, c'est bien cool mais c'est pas courant.

Les exemples se comptent sur le doigt de la main : "Meutre en suspens" de John Badham montrait déjà Johnny Depp qui avait le temps du film pour essayer d'échapper au vilain Christopher Walken. Similitude amusante, le méchant l'obligeait, comme dans "24", à assassiner le président. C'est ce qu'endurera Jack Bauer. Il y a aussi le "Speed" de Jan De Bont avec sa scène du bus.
Et il y a le cas "La corde". Temps réèl et plan-séquence unique au menu. Hitchcock se mettant la contrainte de faire son film en un seul plan-séquence (vu que je suis sympa, vous me ferez grâce de l'exposition du film), le v'la obligé de faire du temps réèl. Comme si une expérimentation en entraînait une autre. Dans un film où deux gars font justement l'expérience (ratée) du crime parfait.
Et justement, cette première saison de "24" donne l'impression d'être faite dans un labo tant les innovations nous pètent à la gueule : d'abord, pour tenir les 24 heures de récit, de nombreuses intrigues secondaires sont rattachées à la principale (l'assassinat de Palmer) : l'enlèvement de la fille de Jack, l'amnésie temporaire de sa femme, un traître chez les gentils... Une richesse dans l'action rare à la télé.


La corde de Alfred Hitchcock

Ensuite, et afin d'éviter de voir les personnages faire pipi tous les 3 épisodes, la série use du split-screen. Les écrans se dédoublent au gré d'un champ/contre-champ ou juste pour nous montrer des actions simultanées. Comme si la fiction se déroulait dans plusieurs fenêtres de Windows et que les scénaristes décidaient de cliquer sur l'une ou l'autre.
Enfin, alors que le loft nous passionnait (comment ça, pas vous ?), "24", avec son temps réèl intégriste et la multiplication des écrans (ordinateurs, caméras de surveillance, télés, micro caméras), adaptait la télé-réalité à la fiction. Si bien que le show aurait pu s'appeler "24 heures au QG d'un candidat à l'investiture" ou "24 heures dans les locaux d'une cellule anti-terroriste". Un espèce de "Vis ma vie" nerveux et violent. Et sans Laurence Ferrari. Un loft où il ne cesse de se passer quelque chose. Un loft qui n'arrête pas de raconter plus qu'il ne montre.

De Hamlet à Dallas

Et comme le loft, on ne sait si on se trouve en face de la dégénérescence d'un genre (à force d'excès, "24" pourrait en devenir parodique) ou devant un retour aux origines de la télé. Et de même que les batifoleries de Loana et ses copains tenaient autant de Rohmer que des programmes débilos de TF1, "24" nous fait le coup du soap qui rencontre la grande histoire. Parcequ'il est autant question de coucherie (Palmer va-t-il se faire sa secrétaire ?) que de choses sérieuses (la politique, le terrorisme). C'est le bus de "Speed" qui passe de Homère (le personnage de la femme de Palmer, une espèce de Gorgone top mythologique) à Santa-Barbara (Kim, l'historiette entre Nina et Tony). Mais surtout, qui ne ralentit jamais. Il faut tenir le spectateur non pas éveillé mais stressé. Ca pourrait être le summum de la putasserie mercantile (l'histoire du temps de cerveau disponible pour pouvoir avaler les pubs), c'est un trip immense.

Parceque "24" n'est pas une série qui s'apprécie comme les autres : c'est une série qu'on subit. Impossible de décrocher. Et plus les épisodes défilent, plus on en sait, plus on en veut en savoir.


Un exemple de cliffhanger dans la série télé "Batman"

C'est le retour du récit à la télé. Très vite, le fait d'avoir vu des heures de programme nous met dans la position de celui qui veut voir la fin pour ne pas avoir passé tout ce temps en vain. Et dès qu'une intrigue est bouclée, les scénaristes nous balancent le plan qui fait douter, le personnage qu'on pense être un traître et qui remet en question ce qu'on a vu.
Surtout, "24", avec son côté romanesque, revient à une forme aujourd'hui disparue : le sérial. Ces séries qui racontaient une histoire sur plusieurs mois et dont chaque épisode se terminait sur le héros en mauvaise posture promis à une mort certaine. C'est le retour du "Vous voulez savoir ce qui va arriver à Batman attaché sur un établi avec une scie sauteuse entre les jambes, alors ne ratez pas le prochain épisode de (tan tan tan) Batman ! ".
Un cliffhanger qu'on appelle ça. Et la saison 1 n'en est pas avare. Entre Jack qui doit tuer sa collègue parcequ'il est télécommandé par le méchant via une oreillette dont il ne peut pas dévoiler l'existence sous peine de voir sa famille zigouillée et David Palmer qui se fait passer à tabac par des loubards le jour des primaires, les scénaristes jouent les sadiques, et on aime ça. Ca change de Navarro.

On le savait, le renouveau de la fiction se passe à la télé ("Alias", "Six feet under", Desperate housewives", "Lost", "Nip/Tuck", "Sex in the city", "Charmed"... non je déconne pour "Charmed"), et cette première saison de "24" à participé à cette révolution en se consacrant à l'expérimentation sous toutes ses formes : le temps réèl, les split-screens, l'ultra violence, la pas du tout happy end.
Et le postulat même de la saison se base sur une expérimentation : que se passerait-il si le futur président était black ?
Un galop d'essai qui génèrera un gros carton et une addiction telle qu'une deuxième saison est tout de suite mise en route. Et cette fois sur le thème de la famille. Un autre jour pour Jack Bauer, une autre histoire.

 

 

 

RN