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Depuis un moment déjà, le cinéma US ouvre la voie de l'hésitation avec une série de films singuliers, sans forcer sur la sainte action, pourtant constitutive du spectacle. Quelques réalisateurs traînent des pieds. S'arrêtent sur le non abouti. Personne pour aller au bout. Les poupées disent non. Le mot fin semble absurde. Du doute, du trouble, du presque nihilisme. Ne pas perdre, ne pas gagner, reprendre une scène, l'épuiser sans fin. Un goût d'infini, la bouche pleine de confettis. L'éternité fait du surplace. Sortez K Dick de vos poches. Enlisez-vous. Appréciez le circuit temps fermé sur lui-même. Tournez en rond. ObsessionA bord du Zodiac, on trouve un journaliste old school, fait main, sans passer par la case école de presse, bosseur alcoolisé dans une rédaction provinciale, fumeur, pompier, pyromane. A côté, un dessinateur boy scout monomaniaque, pas cuit mais obstiné, l'esprit tourneboulé par la logique formelle, écrivain, narrateur tamponné vérité historique. Au milieu, un flic respectueux de la règle, anti thèse de Dirty Harry - concurrent cinématographique assimilé ici à la fiction - comme pour mieux renforcer son propre univers - plus cousin d'Hitchcock dans l'esprit. On trouve aussi un temps stoppé dans les années 70, même si les compteurs esthétiques restent bloqués aux années 50, même si le film déploie son histoire aux portes des années 80 (à suivre une magnifique Golf 1). Enfin, l'histoire échoue sur la recherche d'un serial killer introuvable. Le zodiac, c'est son nom, reste entre le champ et le hors champ, à côté de vous, à l'écran, dans la vraie vie, spectateur probable de la super production et pourtant à l'image. Soit trois personnages en quête d'auteur monstre, tous positionnés dans un espace temps large (une vingtaine d'année), ambiance figée dans une ville d'huile (image numérique). Zodiac distille surplace et décentrement. Sauf virée à coup d'avion chez le possible coupable et deux scènes de crime invraisemblablement tenues, le monde se divise en studios de cinéma et un San Francisco singulièrement sombre, à côté des images traditionnelles de la ville (sun, collines and gay). C'est Gotham city au soleil. Voilà une ville traitée comme une grande provinciale, à la manière de Psychose (Hitchcock). Une périphérie géante et arrêtée. Inquiétante. A côté du monde. Là-bas, les personnages sonnent amateurs à se la péter trop fort (séquence du plateau télé par exemple). Tous pataugent dans un Panic room ralenti, étendu à l'échelle d'une ville, sur 20 longues années passées à toute vitesse, en presque 3 longues heures de film. Le rapport au temps et à l'espace est niqué par l'obsession, elle-même alimentée par les lettres serial killeuses, elles-mêmes agitées par les enquêteurs en manque d'énigme, eux-mêmes à la recherche d'obsession dans leur vie à l'arrêt. Un périmètre proche de The Game, film trop souvent résumé à une entourloupette scénaristique : une air de jeu triste dans laquelle s'agiter. Fincher trouve la résolution de l'obsession non pas dans l'action mais par le rega Au final, la littérature pour sauver le bonhomme et faire preuve. Le film sous les yeux. En ce sens, pour reprendre le dossier de presse, ok. Zodiac est un document. mais à usage thérapeutique ! Photo : Blow up de Michellangelo Antonioni By the waysFincher travaille son Hitch illustré en pompant l'esthétique de William Eggleston. Le photographe américain, à l'étiquette de pape color, aimait dire son amour pour Hitch. Selon lui, le premier au cinéma à s'exprimer vraiment avec la chromatique - on en causera à Minnelli ou S Belle plongée dans les années 60, les voitures, les intérieurs d'appartement, les scènes nocturnes ou plein soleil, la ville et la campagne, les objets du quotidien, tout se met à parler kaki sombre, lisse, tranché. Là, un phare rouge dans le noir, inquiétude et cadrage impec indissociables, au bord de l'académisme, mais vite retournés par un climax incroyable. En complément de programme, vite voir By the ways - A journey with William Eggleston - réalisé par Vincent Gérard et Cédric Laty. Une merveille documentaire penchée sur le photographe, tout vieil aristo qu'il est. Un Leica à la main pour photographier une motte de terre ou des mannequins dans une vitrine. Ce docu est surtout l'histoire d'un dégonflement. Un surplace (on vous aura prévenu). Les deux jeunes français, tout frais sortis d'une école d'art, filent chez le vieux monsieur aux Etats-Unis et peinent à tirer quelque chose de cette rencontre. La connexion échappe. La révélation du maître en attente, presque obscure. L'objet principal du film s'enlise avec la beauté des photos réalisées cash sous nos yeux. Les mots ne suivent pas. L'univers d'Eggleston transpire. L'attente est déçue, pas de découverte majeure. Pourtant, les réalisateurs touchent à l'essentiel : un bonhomme à la démarche lente, un peu cabot, dans des lieux semi-morts. Ce n'est que ça. C'est seul By the ways ou Zodiac sont deux quêtes de monstre pour une déception magnifique. Et une question en forme de réponse, chantée génialement par Peggy Lee : Is that all there is ? C'est donc ça peut-être. Des films à l'arrêt. Ne pas oublier cette année l'étrange Lucky you de Curtis Hanson avec son poker man ou l'art de perdre volontairement pour laisser son père adversaire perdre lui aussi. Et Next de Lee Tamahori ? Nicolas Cage en super effondrement Kadickien. L'histoire ne se termine jamais, glisse sur les enjeux à lire l'avenir avec deux minutes d'avance. De quoi se la péter immortel. L'ennui en somme. Ce n'est que ça. Le papa de ces avortements narratifs est sans doute Rocky (Sylvester Stallone). L'esquive en geste ultime. Le happy end déceptif comme délivrance de son propre poids. On en causait hier avec Spiderman. Photos : American de William Eggleston / Rocky Balboa de Sylvester Stallone
DS |