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Le syndrome Ben and Jerry's caractérise peut-être une partie de la production hexagonale ces derniers temps. Par exemple, on tombe sur Polisse (Maiwenn) ou La Guerre est déclarée (Valérie Donzelli) avec approche smar Au final, on se dit qu'Intouchables (Eric Toledano et Olivier Nakache) s'en tire pas si mal. Au moins, on se marre dans le cliché comme dans les bonnes vieilles comédies 80's. Une sorte de PROFS (Patrick Schulmann) avec Patrick Bruel tout bouclé et Fabrice Luchini dans sa période post Rohmer en mieux léché. Si Intouchables est loin d'être le chef d'œuvre annoncé ou la merde décriée, au moins la musique est bonne et les comédiens au top. Promis, Palma reprendra le scénario dans 10 ans, quand la holding sera rachetée par Marianne. Alors ce sera l'heure des grandes questions comme "Intouchables, phénomène de société" ? "Intouchables, faux tabous" ? "Intouchables, une production Marine Lepen" ? Et le meilleur pour la fin, "Intouchables, intouchable ?". Hé les mecs, ça pousse pas un peu là quand même ? A défaut d'un avis sur tout, ces quelques films sentent plus une filiation avec le Gout des autres (Agnès Jaoui) et son cortège de sermons. On touche au pénible, quand justement les sujets abordés sont ressentis comme justes. C'est-à-dire, au sens de rendre justice à des héros dans la merde dans un monde mal barré. Et là, notre petit cœur se met à battre et la déception encore plus raide. Car c'est pas tout ça, mais faut être à la hauteur. A l'heure des comédies signées Apatov de l'autre côté de l'Atlantique, ou quand Soyez sympa rembobinez (Gondry) trotte encore dans nos têtes, les films « engagés » ont du pain sur la planche. Pas la peine de sortir la carte Sundance, son abonnement à la dépréciation facile du ciné frenchy ou un « c'était mieux avant » fatigué. Ben voilà, un gouffre sépare ces productions. Du coup, après une virée au café du commerce, on revient modestement au basic. C'est-à-dire à la mise en scène, avec dedans des affaires de morale. Et là, Cédric Khan sort un putain d'antidotes. Le zozo ouvre les vannes du cœur comme il détend (enfin ?) sa réalisation sans jamais se la péter. A Palma, on s'emballe. Ouep, Une Vie meilleure balance sa générosité révoltée quand on se sentait vaguement seul sur le bord de la route un peu trop nationale. A chaud, voilà 4 cimes atteintes par cette première surprise 2012. On n'a pas fini de faire le tour. Photo : Intouchables de Olivier Nakache et Eric Toledano 1 - La rencontre rapido.Filmer une rencontre amoureuse n'est jamais évident. Le plus simple, c'est peut-être de foncer direct. Sur ce coup, quelques héros gay au ciné donnent le rythme. Harvey Milk (Gus Van Sant), Le secret de Brokeback moutain (Ang Lee) ou encore Happy together (Wong Kar Wai) ouvrent le bal avec du cash rapido. Une pelle dans le métro, du cul cru en quasi ouverture ou encore filmer le désir avec le diable au corps sonnent le ton juste, sans une explication détaillée lue dans Psycho mag. Pour ces cinéastes, le devenir d'une relation amoureuse importe après l'étreinte. C'est l'inverse de la comédie romantique classique avec happy end sur le mariage. Cédric Khan reprend le flambeau avec Nadia et Yann, vite à la colle après une demande d'embauche. Les zozos montent un resto et chopent des crédits, comme d'autres des morpions, pour monter l'affaire. En quelques jours vite brossés, le désir se mêle à la merde économique. Le cœur s'emballe mais entravé dans un mouvement impossible à tenir sur la distance. C'est beau et terrible, avec plein de contradictions dedans. Une Vie meilleure ouvre les élans amoureux sur les aléas du monde. C'est la force du drame. C'est direct et ça respire. Pour le dire autrement, c'est franc du collier. 2 - La cabane dans les bois.Douglas Sirk reste certainement le prince de la cabane au fond des bois. Et oui, le lieu romantique par excellence pour faire l'amour avec feu de bois et biches derrière la fenêtre fonctionne toujours. Une Vie meilleure reprend le motif, mais cette fois en banlieue parisienne. Cette cabane doit se transformer en resto. Faut se mettre à son compte. Transform Pour mener à bien le projet, le jeune couple s'endette à en crever. Les taux d'intérêts de l'amour débutent quand le kid de la jeune femme passe par une fenêtre pour découvrir le lieu rêvé. En une scène sublime, la cabane oscille entre le romantisme classique et Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper). Le cauchemar n'est jamais loin dans du rêve. Le film mélange les ambigüités et cette cabane-restaurant vire au Shining (un écrivain devient cinglé avec sa femme et son gamin pendant le gardiennage d'un hôtel). Quelques vieux fantômes remontent. Ici, les âmes indiennes révoltées du chef d'œuvre signé Kubrick font place aux banques, l'assistante sociale remplace l'ange gardien black et les traites à payer les kilolitres de sang évacués par les ascenseurs. Comme chez Kubrick, l'amour vire au monstre. Papa fait la gueule et on frémit. Photo : Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper 3 - La crêpe improvisée.Cédric Khan, habitué depuis le début aux sujets sombre (Le Bar des rails), poursuit son voyage au bout de la nuit mais en ouvrant ici pour la première fois sa narration vers quelques espaces improvisés. Ca passe par une prise de vue étonnamment disponible, mais aussi des bouts d'impros comme Terrence Malick filme un papillon dans le ciel ou Maurice Pialat embarque ses comédiens dans l'inconnu. Nadia veut acheter une crêpe Nutella à son gamin, mais il manque 50 centimes dans le porte monnaie. C'est toute l'horreur économique filmée en une minute. Ou bien Yann monte sur un bateau avec le kid et fait une partie de pêche. La caméra filme en roue libre, ça dure sublime et la vie est là, dans un ciné en alerte absolu. Oui, Une Vie meilleure est biberonné par un paquet de références, jamais étriqué par une citation poussif ou un clin d'œil smarty. L'histoire du ciné demande un souffle long, au travail sur l'ensemble du film. 4 – La grande évasion.L'ouverture au monde passe aussi par le voyage. Pour le dire direct, le road movie. Si une première partie suggère un Welcome dans les taudis parisiens, le film décolle ensuite vers le Canada. Un continent plus loin, Cédric Khan change de braquet en roulant classique comme Clint Eastwood prend un genre, respecte les codes à la lettre et invente un souffle incroyable dans le mélodrame. Comme le titre l'indique, Une Vie meilleure est une prière. La tentative décolle littéralement en changeant de cinéma, en créant un lien entre les rives réalistes européennes (toute l'histoire du cinéma italie C'est comme la pop. Pas mal de groupes frenchy se décoincent en chantant english. C'est bad pour la francophonie, mais putain ça libère d'un énorme poids. Comme Michel Gondry avec sa récente période US, comme Michel Hazanavicius file à Hollywood (The Artist), comme Christophe Honoré avec Les Biens aimés, comme lorsque Richet envoie Mesrine en cabane au Canada (L'instinct de mort), un vieux de la vieille choisit le même mouvement et trouve ce souffle lié à un ailleurs rêvé. C'est Claude Miller et sa merveille passée inaperçue en 2011 : Voyez comme ils dansent. Une jeune femme vidéaste traverse le Canada pour retrouver son ex compagnon disparu. Elle prend sa caméra et émigre et ça change tout. D'un coup, Une Vie meilleure s'invente sur une terre d'élection (rêvée probablement, mais peu importe) pour libérer une narration trop cadenassée. La grande évasion nécessite un détour. Cédric Khan en fait l'expérience et sa merveille retrouve le goût des premières fois. Les verrous sautent. L'amertume de dissipe. L'amour est déclaré avec la pudeur d'une langue étrangère. Ce geste esthétique et politique vaut tous les films ouvertement engagés. Une grande nouvelle pour le ciné du cru, renouvelé magnifiquement dans ce classicisme venu d'ailleurs, et pourtant tellement familier. Photo : Voyez comme ils dansent de George Miller
DS |