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Après quelques divagations kafkaïennes, Soderbergh la joue Eastwood depuis un bon moment. On retrouve la taurine productive du maestro, une relative autonomie financière et l'alternance des projets maousses ou artisanaux. A presque à 2 films par an, la Soderbergh Company fait son mini studio à elle toute seule. Après la beauté glacée de sa Girlfriend Experience, le zozo réplique, comme d'hab, avec film de genre ou sous genre : la dénonciation d'une holding pourrie par un employé mal barré. Depuis les années 70, la liste est longue des garçons partis en vrille après une plongée prolongée dans les eaux nauséabondes d'une industrie vicieuse. De l'Arrangement (Elia Kazan) avec un Kirk Douglas dépressif devant sa piscine privative à Révélation (Michaël Mann) et Russell Crowe tout courage dans la fabrique à cigarettes, Hollywood décharge ses propres angoisses biographiques sur le dos de camarades entrepreneurs guère plus clairs. Soderbegh Inc.Mark Whiteacre joue à Robin des Bois dans la terrible entreprise agroalimentaire Archer Daniel Midlands (ADM). Le cadre inodore entend dénoncer les errements juteux de sa boite. A force de mensonges mythomaniaques, le zozo met à sa botte le boss, les sous-boss mais aussi le FBI lentement largué par ses doubles ou triples jeux. Le garçon dépense une énergie invraisemblable dans le mensonge pour foutre à poil une firme aussi peu claire que lui. Autrement dit, la mayo grimpe rapido en escalade collective avec comme ressort principal l'app Soderbergh s'inscrit avec une franchise déconcertante dans la lignée des films de dénonciation. De quoi tirer fièrement une citation du grand frère d'arme, également à cheval sur mille genres et développeur d'un ciné ultra perso au cœur des studios hollywoodiens : Sidney Pollack. Extrait à l'appui, on se souvient de La Firme, géniale matrice du genre "rue des entrepreneurs" au début des années 90, version parano mondialisée. Rappelez-vous, un jeune avocat se laisse tenter par une entreprise mafieuse, expérimente le sexe extra conjugal avec une escort girl tarifée par la boite et subit ensuite un terrible chantage l'obligeant à exécuter des malversations financières. Déjà avant la grande crise, Tom Cruise fictionnait ses pulsions sexuelles et financières. Un débat moral porté efficace par Pollack, comme plus tard Kubrick avec Eyes Wide Shut. Au cœur du sujet, un personnage désireux de tout posséder, y compris sa femme et ses gentils fantasmes érotiques. A tout vouloir, le garçon poursuit un double désir pris dans un même mouvement : l'argent et le sexe. Pollack et Kubrick, chacun à sa manière, se délectent à glisser la clé de contact dans la machine à obsessions. Sexe et argent, même combat pour créer des bulles spéculatives. C'est-à-dire des fantasmes. C'est tellement puissant, les mises en scène dérapent vers le fantastique pour faire surgir un doute, voir des faux raccords entre le réel et les chimères. En poussant le truc à fond, les deux cinéastes complices quittent les rives du quotidien et perdent pieds dans le monde des désirs nécessairement sans limite, sans fin, répétant comme un disque rayé une forme d'impuissance incarnée incroyablement par Tom Cruise. Un truc qui colle à l'acteur, déjà éprouvé dans sa virilité avec l'homo érotique Top Gun de Tony Scott. C'est ki ka la plus grosse ? C'est ki ki bande pour ki ? C'est koment le kiki de mon pote ki m'excite ? Hein ? Dans ce jeu trouble, le héros cruisien perd ses repères, voit sa présence au monde terriblement affectée, découvre ses propres ambivalences et doit faire ses preuves pour reconquérir un bout, un tout petit bout soudain trop petit pour suffire. Cette co Comme si, au fond, tout ça incarnait une question de regard. La perception d'un même objet, firme ou épouse, se transforme selon le point de vue. Au départ, Pollack filme une boite comme une proposition hyper bandante, aussitôt métamorphosée en monstre tentaculaire. Idem avec Eyes Wide Shut. Kubrick cadre la femme du héros excitée toute seule par les images d'un commandant supra virile dans sa tranquilitude. Résultat, Tom Cruise traverse un New York irréel, s'humilie dans une partouze de riches, ruse avec les avocats comme autant de concurrents sexuels. In fine, le garçon trouve un sursaut de coucougnettes et regagne enfin la gaule pour imposer sa morale et remplir, cette fois avec plaisir, le devoir conjugal. The End sur le retour au bercail pour le héros tout neuf. L'épouse pose un regard frais sur l'Ulysse oulala, à nouveau attirant. Un petit bout d'homme héroïque requinqué par son passage dans l'essorage à fantasmes… à la condition d'en sortir vivant. Sexe et dollars tournent à plein régime. Utilisent les mêmes tuyaux du désir. Travaillent les fantasmes et la possession chez les mectons en doute sur leur identité. Photos : La firme de Sidney Pollack / Eyes wide shut de Stanley Kubrick Soderbergh comédieGirlfriend Experience (Soderbergh) travaille le même sujet, mais adopte le point de vue d'une gonzesse perdue dans la circulation du pognon et du désir. L'héroïne joue à Working Girl en reprenant tragiquement les caractéristiques du Working Boy. Accident de carrière, une Escort Girl bascule dans le conte de fées avec un hypothétique prince charmant… au final abonné absent. Soderbergh inverse la proposition Kubrick / Pollack et infiltre un doute fragile, presque romantique, dans un monde hyper masculin, surburné, jamais mis en cause. Une posture pessimiste… les espoirs petite fille échouent sur l'économie des corps et du cœur. C'était juste une erreur d'inattention entre deux comptes bancaires et une facture à payer. A l'évidence, pour le cinéaste les garçons tiennent trop bien les cordons de la bourse. C'est vraiment pas cool. Même problème quand il s'agit de séparer le pognon et le désir… mettre cette énergie sexuelle au service, par exemple, d'une revoluzion ! Associer la libido avec un idéal politique. Le Che et son cigare ! Mais on l'a fait pas au zozo… quelque chose cloche toujours. La révolution, avec son armée de guerriers, reproduit le modèle masculin, toujours associé à la force, aux coucougnettes. Une dernière piste pour sortir de l'équation dans le ciné de Soderbergh… la comédie ! Prendre l'affaire par la dérision. On se marre élégant dans la série Occean 11, 12 et 13 avec ses braqueurs un peu Zaza Napoli. Même tonalité cette fois av Le guerrier Matt Damon la joue ridicule de bout en bout… et la comédie subvertit l'ensemble du dispositif… et ça marche ! Le garçon ruse, invente, dérape, ment sans cesse pour accéder au statut inaccessible d'un Clint Eastwood vengeur, capable de battre l'industrie mafieuse. Une vaste blague ! Soderbergh évacue le schéma Cruisien de la reconquête de soi en faisant péter les flux d'argent (il y en a partout), du désir (le couple semble complètement ravagé dans ses mensonges et arrivisme béat) et surtout, en balançant la morale virile par-dessus bord. Rire, pour mettre à plat la gonflette des héros. Rire comme projet révolutionnaire. Perturber les flux en se demandant, entre sexe, mensonge et vidéo où se niche ce foutu désir toujours en mouvement… ? Un vrai désir cette fois, pas au détriment des autres. Photo : Révélations de Michael Mann |
DS |