Superman 1 fut un phénomène. Un truc de fou. Marlon Brando qui joue le papa kryptonien, Christopher Reeve qui porte le slip rouge avec majesté (pas comme moi), Mario Puzzo, débarqué du Parrain qui pond un scénario miraculeux, Richard Donner, tout juste auréolé de sa "malédiction" (sic) qui passe de jeune prodige à valeur sûre, et des effets spéciaux sublimes. Un carton au box-office. 134 millions de recettes aux U.S.A. (source : box-office mojo) Ca tombe bien, les producteurs avaient prévu de tourner la suite en même temps que le premier. Des petits soucis avec Richard Donner : on vire un Richard pour en engager un autre : Richard Lester. Le deuxième film sera aussi un succès avec ses trois super-vilains (Terence Stamp dans le rôle du général Zod : la classe) et son supermec qui renonce à ses pouvoirs par amour pour la belle Margot Kidder. Le film rapporte un tiers de moins que le premier mais tout roule, et pour le troisième, on conserve Richard Lester mais on ajoute deux éléments supposés cartonner : de l'humour et un ordinateur. Patatras, Superman 3 rapportera seulement une petite soixantaine de millions de brouzoufs et des mollards en guise de critiques. Sans être un bide, le film tempère les ardeurs des propriétaires de la franchise (les Salkynd) quant à la mise en chantier d'un quatrième film avec le kryptonien en moule-burnes. Surtout qu'en face, Luke Skywalker rapportait quatre fois plus en faisant des ballades à moto avec des ours en peluche.
Alors les Salkynd vendent la franchise. A Menahem Golan et Yoram Globus. Des producteurs qui sont au bon goût ce que le rugbyman est à Lamartine : des étrangers. Les moguls à bagouzes spécialistes de la série B burnée (cf filmo) se sont payés Superman. Ils mettent en chantier un quatrième opus des aventures de l'immigré de Krypton avec à la réalisation, un habitué de la série B qui sent sous les bras : Sidney J. Furie, metteur en scène illustre de "Aigle de fer", un sous-Top Gun (donc ça existe) qui a pas mal rapporté.
Un histoire à la Prévert
Supermec a le blues. il refuse de vendre la barraque de ses parents adoptifs à des promoteurs immobiliers au moment où le Daily planet se fait racheter par un actionnaire cynique qui ne pense qu'au pognon. Le gars fout sa fille à la tête du journal (Mariel Hemingway, oui, oui, Manhattan...) et la pimbêche, winneuse mais gentille, craque pour Clark Kent. Pendant ce temps, Lex Luthor s'échappe de taule grâce à un neveu sorti d'une comédie de John Hughes et prépare la création d'un homme nucléaire pour botter le cul à Superman, à partir d'une mystérieuse substance toute pourrie et d'un cheveu du kryptonien. Lequel décide, devant la course à l'armement atomique, de piquer toutes les armes nucléaires dans un grand sac et de les balancer dans le soleil. Sauf que le mélange de Luthor était fixé sur l'un des missiles et que le contact avec le soleil achève de créer l'homme nucléaire, une tarlouze galactique (permanente et ongles longs, la classe) qui se prend très au sérieux et qui est très méchant quand il voit passer un slip rouge.
Bon, on va pas se la raconter : je ne vous ferai pas le coup du chef d'oeuvre incompris, Superman 4 est une purge, surtout si on a vu les 3 autres films. Un navet. Un ratage. Un film qu'on ne cite pas au dos des jaquettes et entre parenthèses pour figurer le prestige d'un acteur. Par exemple, pour Gene Hackman, on devrait bien trouver d'autres films à citer que celui-ci.
Alors pourquoi tirer sur une ambulance que tout le monde avait oublié (et que presque personne n'a vu ?) ? Et pourquoi en parler à Palma ?
Parceque c'est un mauvais film
qu'on peut aimer. Pas un film détestable. Non, juste un ratage symptomatique de la fin d'une époque. Et attachant à force d'avoir le cul entre deux chaises.
Parcequ'à l'époque de Superman 4, on est encore en plein dans les années Reagan, avec sa guerre des étoiles et son culte du yuppie boursier.
Le culte de la wine, comme on aime à le dire ici. Et le personnage de Superman (comme celui de Captain America d'ailleurs) est un peu l'idéal américain qui gagne : parti de rien, il a tout réussi et porte fièrement la bannière étoilée dans l'espace. Superman est un gentil. L'axe du bien à lui tout seul qui a élu domicile aux U.S.A. Il n'y a guère que ses origines qui posent question : c'est un immigré.
Et puis il y a aussi la réalité qui ne colle plus avec le contexte de Superman 4 : alors que le cow
boy qui siège à la maison blanche taille dans le social et génère du SDF à coup de wine, Superman porte des valeurs surrannées, il se bat dans le ciel alors que les vrais problèmes sont sur terre, en ville, en banlieue.
Deux ans plus tard, c'est Batman qui cartonnera : la jolie et toute propre Métropolis laissera sa place à une Gotham city tendance cradingue, sombre et déprimante. Et le gentil immigré sera remplacé par un milliardaire psychotique qui se déguise en chauve-souris en guise de thérapie.
Un fou qui, en plein contexte de crise, ringardise illico l'idéaliste à cape rouge.
Alors Superman 4 était-il le film de trop ? Rien n'est moins sûr. Bien sûr, le scénario est débile. Bien sûr, les moyens manquent (précisons que les effets spéciaux de Superman 4, surtout les effets de vol sont nettement moins réussis que ceux du premier Superman, pourtant réalisé près de 10 ans avant). Toujours est-il que le film montre Superman s'opposant à la politique américaine de l'époque en détruisant toutes les armes atomiques, de force. Et les méchants ne sont pas des loubards mais des vendeurs d'armes et un capitaliste sans scrupule. C'est déjà ça de gagné.
Et puis le film a d'autres qualités. Visuelles. Des réminiscences de planches de B.D. qu'on a lu gamin, quand on avait la rougeole et qu'on avait droit aux illustrés : Superman aux nations unies, Superman qui tire le filet contenant toutes les armes atomiques (immense, le filet, comme si un moustique tirait une pomme), Superman qui se bat contre un super vilain...
Parceque finalement, tout débile qu'il est, Superman 4 est plutôt fidèle à la B.D.
Photo : Batman de Tim Burton
Adapter ou parodier
Et ce n'est pas faire insulte au comics originel : Vu le fric que ça rapporte, les studios se mettent à faire des tonnes de films de super-héros. Et toujours la question de la fidélité à un matériau destiné à des gamins : Comment éviter le ridicule ? Comment filmer les costumes ? Les gagdets ? Peut-on faire un film sérieux ?
Alors là, il y a deux écoles : Schumacher et Bryan Singer. Parodier ou adapter. La série télé Batman ou Batman begins. Parcequ'il faut le faire avaler, le déguisement du justicier. Tenez, prenez Charles Bronson en justicier dans la ville. Bien viril, hein. Avec la moust
ache et les biceps (ok, pas comme moi). Mettez lui un masque de club échangiste. Oui, celui-là, avec les plumes. Et bien vous obtenez Batman. Le Batman dessiné par Bob Kane et celui de la série télé avec ses "Bam", "Ouch" et "Prout" (non, ça c'est moi).
Et le Batman de Joël Schumacher aussi. Celui sur lequel on a bien craché quand il a osé, après le magnifique "Batman returns" de Burton, faire du justicier masqué un héros de fête foraine amateur de travestissement et des tétons de Robin.
C'était Batman forever, et c'était du Bergman à côté de Batman et Robin.
Là, Schumacher pousse le concept jusqu'au quasi expérimental et ignore carrément l'action pour faire de Gotham une boîte de nuit où se croisent des allumés noctambules qui ont tous un point commun : le feu au cul (le méchant s'appelle d'ailleurs Mister Freeze). Les Batman de Schumacher ? Pas vraiment des chef d'oeuvres mais des parodies pleinement assumées. A l'opposé, on trouvera le Batman suivant, Batman begins de Christopher Nolan excessivement sérieux et pas très fun. Comme s'il avait été fait en réaction à Batman et Robin, pour laver l'affront et tout reprendre à zéro, d'où le titre du film de Nolan. Adapter encore une fois la B.D., la plier pour qu'elle se conforme aux films d'action de ce début de siècle, sombres et premier degré (ou adapter des versions plus sombres des B.D. originelles, comme les versions de Frank Miller).
Exactement le boulot qu'à fait Bryan Singer sur les X-men : arriver à rendre crédibles les mutants au prix d'un relookage donnant une apparence plus sérieuse aux super-héros (et cité ouvertement dans le premier X-men : "Tu préfererais porter des collants jaunes ?" dira Cyclope à Wolverine en allusion aux costumes de la B.D.) et d'un recentrage sur le thème de la différence mettant le film d'emblée dans du sérieux.
Quand on sait que c'est Singer qui réalise le prochain Superman, on a hâte de voir ce que va faire le petit du super-héros qui semble appartenir à une époque révolue.
Parceque Superman 4 sonne le glas des héros positifs. La fin des boy-scouts.
Photo : Batman et Robin de Joel Schumacher
RN
Filmographie de Sidney J. Furie (lien Imdb)