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Le monstre, saison troisJean-Jacques Abrams aime bien les mystères : on commence à le savoir après s'être tapé une campagne virale, pour Super 8, calquée sur Cloverfield, son autre film de monstre où il portait alors la casquette de producteur. Des bande annonces à faire défiler image par image pour espérer voir un petit bout de son Godzilla, des sites web consacrés au décryptage de ces précieux teasers, des théories qui s'affrontent sur la nature du gros gloumoute... Super 8 nous refait donc le coup du monstre qui casse tout, mais cette fois la petite dv-cam laisse la place à son ancêtre, soit une caméra 8 millimètres. Et ici point de Manhattan dévasté mais juste une petite bourgade ouvrière des USA bouleversée par l'arrivée de militaires excités, obligés de courir discrètement après leur créature. En celà, la créature de Super 8 ressemble à l'autre monstre de J.J., celui qui officiait sur cette drôle d'île où des personnages en quête de rédemption s'étaient échoués. Lost et ses six saisons de folie. Encore un monstre mystérieux, dont les contours incertains car gazeux auront déchaîné les fans, comme à l'habitude du grand Jean-Jacques lorsqu'il s'agit de donner un nouveau pensionnaire au grand bestiaire du cinéma de genre. Lost, Cloverfield et Super 8 : nous voici en présence de trois monstres aux designs hallucinants, précieusement distillés par gouttes homéopathiques et s'offrant même le luxe de ne pas décevoir une fois totalement visibles. Parceque dans les mondes de JJ Abrams, le plus important n'est pas le monstre mais plutôt les dégâts qu'il occasionne sur le quotidien de ses victimes. Photo : Cloverfield de Matt Reeves / Lost Saison 2 - créé par JJ Abrams et Damon Lindelof AmblinUn logo reprenant le gamin d'ET à vélo, Spielberg à la production, un village fait de lotissements peuplés de gamins pleins de rêves : JJ Abrams ressuscite dès le générique, avec son Super 8, la tradition des films Ambli Une lignée de blockbusters typique des eighties, plutôt friquée et présentant la particularité de faire du spectateur le héros d'une aventure incroyable : voilà la marque d'un Amblin movie. Avec E.T. comme ambassadeur (d'où le logo de cette compagnie de production) et des fleurons tels que Gremlins, Retour vers le futur ou encore Les Goonies, Spielberg producteur connut ainsi un succès dingue en décidant de lancer, plus qu'une firme de prod, un label mettant en scène des gosses normaux, resemblant curieusement aux spectateurs de ses films, pas bien riches et tracassés par les problèmes du quotidien, face à un élément perturbant la normalité de leur vie afin de le la ré-enchanter. Amblin, c'est Le club des cinq version cinéma agrémenté d'un élément fantastique et d'effets spéciaux qui assurent le spectacle. Une certaine idée de la jeunesse devenu désormais, au même titre que Garcimore ou Goldorak, un objet de nostalgie pour les trentenaires et les quadras tels JJ Abrams. Sauf que lorsque JJ décide payer son tribut à Spielby et à son Golden age, ça donne un truc passionnant, beaucoup mieux que nombre de productions de l'époque. En nouveau maître de la série télé, Abrams commence ainsi par appliquer sa recette magique au récit de Super 8, à savoir un traitement par épisodes. En prenant plaisir à mutiplier les personnages importants, Jean-Jacques développe de nombreux arcs narratifs et il passe de l'un à l'autre comme on le ferait dans une série télé. Cette structure par épisode donne l'impression de voir l'intégralité d'une saison autant qu'un film. Un gage de générosité envers les personnages, puisque chaque protagoniste peut devenir important au détour d'une scène. On notera particulièrement le personnage de Charles, le réalisateur grassouillet de la bande, qui en d'autre temps (au hasard, et pour calmer les plus nostalgiques : Les Goonies), aurait été un sidekick grotesque. Ici Charles devient un personnage romantique, secrètement amoureux de jolie blonde next door. Une manière, pour JJ Abrams, d'enrichir la formule de son enfance. Photo : Gremlins de Joe Dante Blockbusters participatifsComme son alien recycleur, obligé de piquer tout le métal du village pour se refaire un véhicule, Abrams construit donc son blockbuster teen en proposant une relecture des ficelles de son glorieux aîné papa d'ET. Un truc assez fantastique de générosité puisqu'il permet de mettre du lien entre les différentes versions d'une même oeuvre. Surtout, le reboot version JJ n'efface pas le passé, comme s'il faisait ses films du point de vue du spectateur, sans oublier les rapports affectifs s'étant tissés entre les oeuvres, les personnages et nous. En fait, dans l'oeuvre d'Abrams, le monde réel fait partie intégrante du récit. On découvrira par exemple, lors de la fin de Lost, le rôle déterminant laissé par les auteurs aux spectateurs. Comme si le divertissement ne pouvait se faire à côté du spectateur mais avec lui, en en faisant un protagoniste actif dans la narration. C'est, dans Super 8, ce que Charles nomme la "Production value", c'est à dire un élément du réel improvisé apte à enrichir la fiction. Un train arrive derrière ses potes jouant les zombies ? On continue de tourner, Production value ! Joe n'arrive pas à faire le deuil de sa mère, son souvenir étant encore trop présent ? C'est une vraie Production value lorsqu'il s'agit de tourner un film de mort-vivants ! Trois niveaux de réalité s'enchevêtrent et s'enrichissent mutuellement : le film de zombies tourné par les gosses, le film Super 8 lui-même et notre réalité au moment où nous voyons le film (comme pour JJ Abrams, c'est notre jeunesse que nous voyons à l'écran !). A nous de faire les connexions entre ces univers soudain décloisonnés. Photo : Star Trek de JJ Abrams Le deuil pour permettre le souvenirLes oeuvres de JJ Abrams se coltinent donc la question du rapport au passé et plus particulièrement du deuil. C'est devenu une constante : son Ethan Hunt reprenait du service pour essayer de s'apaiser après la mort de sa disciple dans le fabuleux Mission impossible III. Le capitaine Kirk de Star Trek jouait les chauffards de l'espace pour courir après l'âme de son père défunt. Et les personnages de Lost, sans dévoiler la totalité de l'intrigue à nos lecteurs pas encore arrivés au bout des six saisons, avaient tous un deuil à réaliser pour comprendre la drôle d'île sur laquelle ils avaient atterri. Ce travail de deuil concerne le petit Joe et son père mais on peut y voir aussi un cheminement accompli par JJ Abrams lui-même par rapport à son enfance et à ses rêves cinématographiques de l'époque. Le deuil d'un cinéma à base de maquettes et de gamins traversant les lotissements à vélo à cent a l'heure pour sauver le monde. Récemment, Joe Dante, l'un des réalisateurs fleurons d'Amblin, a d'ailleurs réalisé un film assez proche de Super 8 mais malheureusement pas distribué en salle, The Hole 3D. Photo : The hole 3D de Joe Dante
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