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Découvrir Sugarland Express juste après la quinzaine de chef d'oeuvres Spielbergien, c'est dur. On est tenté de l'aimer, de lui trouver des qualités hénaurmes juste parcequ'on fait partie des deux-trois zozos qui l'ont vu. Le syndrome du confident, comme si ce film sussuré n'en était que plus précieux. Goldie Hawn était donc une vraie actriceC'est l'histoire de Lou Jean Poplin (Goldie Hawn), qui, à peine sortie de prison, rend visite à son taulard de mari, Clovis. Son mec n'a plus que quelques jours à tirer mais elle le fait s'évader. C'est con, mais la blonde a une bonne raison : ils vont perdre la garde de leur fils, alors il ne faut pas traîner et se casser illico. On pique la bagnole d'un couple de vieux ré Un road-movie, donc. Qui sent fort la balade sauvage de Charlie Sheen et Sissy Spacek dans le classique de Malick, sortie un en plus tôt. Ici et là, on se base sur une histoire vraie pour tricoter le parcours fatal d'un couple à la maturité douteuse. Enfin, ça vaut surtout pour Goldie Hawn. Clovis suit sa femme, fait le dur mais pourrait abandonner à tout moment s'il n'aimait pas follement la belle blonde. Au passage, on notera la première perle de Sugarland Express : Goldie Hawn n'a pas toujours été une insupportable quinquagénaire liftée qui cachetonne chez Zemeckis ou avec Mel Gibson sur une branche. Ici la petite est magnifique et ses gros yeux ahuris font d'elle la première vraie héroïne spielbergienne. Aussi écarquillée qu'E.T., aussi paumée que Cruise dans la guerre des mondes, Goldie est sur le fil de Spielby. On y reviendra mais la première révélation du film, ce qui contribue aussi à le rendre si précieux, c'est son héroïne sur laquelle on ne misait pas un kopeck. On est en terrain comme s'il existait un profil type du héros à la Spielberg. Photo : La balade sauvage de Terrence Malick Tous des gaminsSugarland Express nous montre un monde de cons. Une impertubable tristesse ressort de la cavale des Poplin. Il suffirait de quelques neurones pour comprendre que l'entreprise est vouée à l'échec, se rendre et négocier plutôt que choisir une cavale qui ne pourra en aucun cas rendre la garde de leur gamin au couple qui s'enfonce. Le capitaine Tanner est chargé de courser les Poplin. A sa disposition, outre une batterie de bagnoles de flics suivant le couple à la trace, une escouade de tireurs d'élite prêts à en finir en deux coups de feu bien ajustés. Tanner refuse l'effusion de sang. Il veut faire entendre raison aux deux cons. C'est bien le seul à être raisonnable puisque bientôt, c'est tout l'état qui se prend d'affection pour l'histoire et façon Peckinpah, transforme la bagnole de fuyards en tête de file d'un convoi de soutien pour cette histoire de maman voulant récupérer son gamin. De l'autre côté, quelques texans désireux d'étrenner leurs nouvelles bagnoles se la jouent justiciers quand d'autres organisent des expéditions punitives pour s'amuser avec leurs si beaux fusils qui prennent la poussière. La guerre du Vietnam se termine à peine, il faudrait pas perdre les bons réflexes, hein. Lou Jean et Clovis, parents immatures, semblent ainsi contrôler, au cours de leur cavale, le pouvoir d'infantiliser le pays qu'ils traversent. Les sentiments qu'ils suscitent divisent le pays en deux camps de crétins. Seul le capitaine Tanner essaie de dépasser les émotions et raisonner tous ces gamins. C'est beau, c'est simple, et ce voyage vers la bien nommée ville de Sugarland (pays de sucre) marque un mouvement qui définit finalement tout Spielberg. Rien que çà. Spielberg pour les nulsQuel est le sujet de tous les Spielberg ? Qu'est-ce qu'il tricote de film en film, le barbu ? Si pour d'autres, les choses sont avérées (Hitchcock et la culpabilité, Kubrick et la perte du contrôle, Burton et la monstruosité, Cronenberg et les mutations du corps, Shyamalan et la croyance...), peut-on encore croire, au vu d'une filmo aussi prolifique qu'hétéroclite que Spielby a lui aussi un schmilblick qu'il fait avancer au fur et à mesure ? Trop occupés par la qualité de chacun de ses films, on ne s'était pas posé la question. Alors qu'on voulait juste découvrir un "petit" Spielberg, Sugarland Express apporte des pistes. Avec son Amérique de gamins et ses héros immatures cherchant à être parents sans être adultes, le film fait évidemment écho avec le Tom Cruise de La guerre des mondes, père branleur à la dignité momentanément retrouvée à la faveur de l'invasion de méchants aliens. Et si on poussait le bouchon ? Si on regardait du côté des autres films ? Pèle mêle, on cherche ainsi à : On pourrait aussi citer A.I. et son héros bloqué à l'étape enfance qui survivra même à l'humanité ou encore ces êtres pas encore nés, baignant dans un placenta et qui disent le futur à un Tom Cruise enrôlé chez des flics qu'il devra finalement combattre dans une crise d'adolescence tardive. Les adultes n'existent pas ou sont des "autres" malfaisants ou en attente de mourir. Des êtres éteints. Tout était déjà dans Sugarland Express, ce beau film où l'on découvre son destin funeste au détour d'un dessin animé de Tex Avery. Tout converge à l'élaboration d'un drôle de puzzle encore vivace : souvenons nous de la scène finale de Indiana Jones et le royaume du crane de cristal et son Indy qui refuse de laisser son chapeau à son fils. Le vieux veut encore jouer. C'est pas parceque je me marie que je deviens adulte. Quitter l'enfance ? Plutôt crever. L'oeuvre d'une vie. Photo : Hook de Steven Spielberg
RN |