La relève

Star Trek (200
9) de J.J. Abrams


En ce moment, ça remake, ça reboote, ça préquelle. Des fois ça spin-offe (Wolverine qui fait des infidélités à ses potes en collants). Finis les gros chiffres derrière les titres : les studios ont découvert le zéro et les nombres entiers négatifs. Alors en route pour un Batman zéro (mais pas zéro), un Superman prime, un James Bond zéro au casino, un X-men moins un, ou, à la fin du siècle dernier, un Star Wars moins trois. Il n'y a plus guère que le B pour assumer ses séquelles : Fast and furious 4, ça, ça sonne bien bis. Et Saw qui, fièrement, revient dans un formidable Saw 6, certainement aussi charcutier que les précédents.

Paramount, pour son onzième Star Trek, nous fait donc le coup du reboot. Les quatre derniers jouaient les spin of en adaptant une série dérivée de l'originale, Patrick Stewart et ses potes Next-Gen remplaçant Kirk, Spock et cette tête à claques de Mac Coy. Là, c'est décidé, on dépoussière fort. Et puis tiens, on va pas seulement rebooter, on va en profiter pour faire la préquelle de la série originale. Ouais, c'est compliqué, mais les fans adoreront. De toutes façon, Star Trek, c'est compliqué. Transpondeur double quart à zéro, mon capitaine, astéroïde romulien droit devant, qu'est-ce qu'on fait ? On lance la production du nouveau film, pardi.

Mission difficile

Comme J.J. Abrams, fort d'un Mission impossible 3 rentable et d'un Cloverfield archi-rentable, passait par là entre deux saisons de Lost hyper rentables, on lui file le projet. Le zozo ayant fait ses armes et sa renommée sur des séries télé qui buzzent (Felicity, Alias, Lost, Fringe), il est le candidat idéal. Et confortablement assis au cockpit plein de boutons de l'Enterprise, il s'éclate.

Parceque Star Trek 2009, ça commence fort. Avec une scène d'ouverture mettant en scène un capitaine Kirk sans Spock, au sein d'un équipage renouvelé et moderne. Il y a même un arabe qui commande le truc, histoire de dire que la guerre en Irak, c'est la loose vu que dans le futur, on peut être basané et porter fièrement le pyjama galactique. Et vlan, le vaisseau se prend en pleine gueule une faille temporelle avant d'exploser dans un croiseur romulien (une race de rugbymen du futur, visiblement). Tout le monde meurt sauf le petit James Tiberius (rien à voir avec la mairie de Paris), fils de Kirk qui nait en plein espace, dans une capsule de sauvetage.

Mine de rien, J.J. Abrams nous refait le coup de De Palma adaptant Mission impossible, nous montrant une équipe potentiellement probable eu égard à la série d'origine, pour mieux la faire voler en éclat. En gros, les premières équipes de Star Trek et de Mission impossible ne sont là que pour nous dire ce que le film ne sera pas. L'équipe du début de Star Trek 2009 est ansi trop attendue, trop démago, elle n'est qu'une mise à jour cosmétique des schémas d'antan. Celle de Mission impossible était trop théatrale, trop figée dans des technologies obsolètes devant l'avancée de l'informatique et de son pouvoir encore plus manipulateur d'images dans un monde moderne paradoxalement débarassé de la guerre froide mais déshumanisé à l'extrême.

Comme De Palma, Abrams fait tout péter et se retrousse les manches. Repenser Star Trek, oui c'est du boulot.

Photo : Mission impossible de Brian De Palma

Pour l'amour du pyjama

Comme on ne se renie pas, Abrams utilise les codes si familiers de la série télé pour nous présenter ses deux protagonistes pas encore héros : une belle rasade de Lost pour les montages alternés fera l'affaire. En plus, il sait y faire, le J.J.. Petite particularité de la démarche : un côté old school parfaitement assumé faisant pencher cette présentation des petits Spock et Kirk davantage du côté d'Amicalement votre et son générique traumatisant que de celui des passagers de ce putain de vol Oceanic paumés sur une île toute zarbie. Et si J.J. aimait vraiment Spock le coincé et Jim Kirk le fadasse boy scout ? Et s'il cherchait une innocence, un premier degré dissout dans des adaptations successives tentant en vain de coller au goût du jour mais restant chiantes à mourir (cf le précédent film, Star Trek Nemesis, une purge essayant de se la jouer sombre) ? Un reboot, c'est tout sauf une mise à jour.

JJ Abrams, comme son petit Kirk un peu plus tard dans le film, doit donc pervertir le logiciel Star Trek : il met fin au processus ronflant des adaptations passées. Assez maté les acteurs avoir peur dans leurs costumes molletonnés (le test de simulation d'avaries que passe Kirk pour devenir capitaine était impossible à réussir et avait pour seul but de voir ses réactions face à une frousse imparable) : Le jeune poivrot pas encore gros comme Shatner fout le test en l'air, va dans le mur, et en ressort miraculeusement sain et sauf malgré le concert Jean-Michel Jarresque des voyants rouges s'affolant dans le simulacre de cette salle de commandement.

Ses examinateurs, dont Spock, voulaient le voir réagir (comme s'ils désiraient, fidèles aux habitudes de la série, un gros plan de télé), lui fait tout péter et promet une aventure techniquement pas possible mais génératrice d'émotions folles (du grand spectacle de cinéma). Clairement, même s'il faudra filouter, casser les règles ou en créer de nouvelles, J.J. Abrams a un putain de projet pour la pubère équipage de l'enterprise.

C'est le retour à une forme d'aventure simple mais spatiale. Star Trek, "la marche dans les étoiles" en V.F., va donc, dans le récit de ses nouvelles origines, puiser dans les space operas originels. Un retour vers la sempiternelle histoire du gamin rêvant de quitter le plancher des vaches pour s'envoyer en l'air avec une princesse qui a quelquefois des pains au raisins sur les oreilles.

La première bande-annonce, avec son Kirk à moto en plein désert, fuyant une vie qu'on imagine monotone pour finalement rester planté devant le chantier de l'Enterprise, magnifique, donnait déjà le ton : back to A new hope, premier film en date de la saga Star Wars, avec son petit péquenot de Luke regardant avec mélancolie les deux lunes de Tatooine. Abrams remake le tout premier Star Wars, avec un Kirk juste un peu plus tête brulée que Skywalker. Mais pour le reste, tout y est : une baston dans un bar avant le grand départ, un gamin inadapté frustré par une vie trop terrienne, un Obi Wan en forme de Vulcain revenu des précédentes adaptations, et même, comble du mimétisme, une moto sans roue rappelant fort le landspeeder qui lévitait autrefois dans les collines de Tatooine. Un peu plus tard, les fans auront reconnu, à la faveur d'une scène de poursuite sur une planète glacée à la Hoth, la fuite de Luke poursuivi par un wampa. Un vrai kif de geek.

Photo : Star wars - un nouvel espoir de Georges Lucas

S'émerveiller à nouveau

Cette volonté de revenir à Star Wars fait plaisir mais surprend. C'est qu'on avait perdu l'habitude de voir la saga de Lucas citée si ouvertement. Comme si le moment était venu. Comme si un nouvel âge d'or de l'aventure s'ouvrait, quelque chose sur lequel repose tout ce projet fou de redonner de la crédibilité aux cosmopolitisme en pyjama. En gros, pour que Star Trek puisse nous tirer plus que des sourires moqueurs, il fallait que l'utopie revienne à la mode. Il fallait que ses concepteurs se sentent à nouveau en paix avec eux-même.

Un truc porté par Obama et la vague d'espoir collectif levée par sa campagne présidentielle puis son élection. Spielberg avait senti le coup en faisant un dernier Indy aussi naïf que les serials d'antan, se permettant même un combat de pirates, à l'épée sur un tank.
Une élection plus tard, le vrai choc arrive avec, lors de la soirée électorale US, sur CNN, l'apparition d'un hologramme de journaliste sur le plateau en lieu et place du traditionnel duplex. Un truc pas indispensable mais caractéristique de ce changement d'ère : désormais, comme en 1977, les américains se sentent capables de faire des choses fantastiques, retrouvant une fierté mise à mal par le 11 septembre puis la politique de W. Ca y est, tout redevient possible, même croire à nouveau en une utopie startrekienne autrefois désuète.

S'émerveiller à nouveau de l'une des prouesses technique de Star Wars, c'est ce que l'élection de Barack Obama a rendu possible.

Même si chez nous c'est pas demain la veille que Claire Chazal se fera des tresses sur les oreilles (remarquez, Pernaut grogne déjà comme Chewbacca tous les jours à 13h), on ne peut que se réjouir de ce changement d'époque qui commence déjà à influencer le ciné (en vrac, Gus Van Sant et son Harvey Milk, Gondry qui avait senti le coup en débobinant son utopie, Spielberg). Ca fait de Star Trek un film donnant irrémédiablement la patate et qui, en l'état, n'aurait absolument pas pu sortir sous une présidence Bush ou Mac Cain. Souvenez vous de ce temps, récent, où tout ceux qui au cinéma, portaient des uniformes étaient soit des connards soit des vieux grognards porteurs d'un pacifisme dépassé (les précédents Star Trek). Il suffit de comparer le film de J.J. Abrams à Starship troopers pour mesurer le chemin parcouru. Qui aurait cru être ému par la vision, lors d'une scène finale bandulatoire, de Kirk s'asseyant sur son fauteuil entouré de Spock et d'un Mac Coy presque sympa ? On ressent le même plaisir qu'au lendemain de l'élection d'Obama : la joie de voir des parias espérer à nouveau.

Le reste, l'efficacité des scènes d'action (ça dépote : mention spéciale au combat de Sulu, autrefois figurant assurant le quota d'asiatique), la beauté du film, son intelligence, tous celà est accessoire devant le plaisir de voir ces gamins échappant miraculeusement à un espace temps de souffrance et de violence (c'est le projet du méchant : les chopper au passage pour les happer dans un passé proche) pour explorer l'espace. Et tant pis si comme dans les années soixante, ils sont trop bavards. Laissons les parler.

Guidés par le Spock original, soit un métis (oui, comme Barrack), l'équipage de l'Enterprise savoure avec surprise (aucun des protagoniste ne se sentait capable de cohabiter et chacun apprend à regarder l'autre) la renaissance d'une utopie purement politique (car débarassée des oripeaux mystico-religieux des cousins Jedis).

En donnant une place à Leonard Nimoy, J.J. se permet même de ne pas ignorer les autres adaptations, sous-entendant qu'elles se déroulent dans un futur antérieur. Un reboot qui prône la tolérance à fond, donc, sans même avoir besoin de faire table rase du passé, juste pour kiffer, sans arrogance, de nouveaux espoirs.

Photo : soirée spéciale élections américaines 2008 sur CNN

 

 

 

RN

Filmographie de J.J. Abrams (lien Imdb)