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24 images très floues par seconde d'amour fouCe qui fonctionne chez Bjork et les Stripes franchit difficilement le rubicon des 24 images secondes. N'est-ce pas ce qui plombait La science des rêves ? Un amas de petites choses délicates et bien senties qui avaient un peu de mal à s'agencer. La faute à une idée de depart très cool qui finissait par manquer cruellement de générosité. Au fur et à mesure, les Le petit génie devenait un petit malin. Il aurait dû écouter JF Coen (sublimissime clip de Gondry justement) : il ne peut y avoir d'amour fou que si les vingt quatre images restent floues. Eriger son processus créatif en système finit par figer. N'est-ce pas, cher Tim Burton, toi qui connut à la fois ton apogée et ton déclin en imposant un style gothique si difficile à dépasser ? Heureusement que la chocolaterie et le barbier tueur sont venus apposer une happy end à tout ça. C'est que comme Burton, Gondry est un mec qui a des idées. Toujours bonnes mais qui s'épuisent des fois. Photo : La tour de Pise de Michel Gondry (cliquez sur l'image pour regarder le clip) Pitch d'orPour s'opposer à la destruction du vieux videoclub où il travaille, Jerry (Jack Black) décide de faire sauter la centrale électrique du coin. Manque de pot, le terroriste du dimanche prend le jus au point d'effacer toutes les vidéocassettes du magasin. Devant la fronde des clients, les deux vendeurs, Jack et son pote Mike (Mos Def), décident alors de refaire avec les moyens du bord les films qu'ils louaient. Surtout les blockbusters. Soudain il me vient une idée, chantait le réac. Et c'est le moins que puisse dire de Gondry tant son histoire fleure bon le fantasme de fanboy fauché rêvant un jour de refaire star wars dans sa baignoire (ça fait des bulles) mais sans la wine. Un rêve de pitch. Tellement cool que dangereux : comment on va faire, une fois le truc consommé, le postulat exploré, au bout du quatrième ou cinquième film suédé (c'est comme ça que Jerry et Mike appellent un film refait par leurs soins) ? La différence entre Pernault et CapraTout arrive avec Rush hour 2. On pensait Brett Ratner capable d'un seul miracle, avec son X-men 3 dopé aux stéroïdes de l'iconisation, voilà que son buddy movie lourdingue fait basculer, par sa suédisation, le beau film de Gondry. Jerry et Mike dans les rôles de Jackie Chan et Chris Tucker. Jerry rechigne à embrasser son garagiste travesti pour l'occase, alors ils vont chercher une femme. En embauchant la petite nana du pressing, les deux zozos inscrivent leurs actes dans la vie du quartier. SSR devient un film exceptionnel à ce moment là : lorsque l'idée de Gondry, pourtant assez bonne pour se suffire à elle-même (ç'aurait donné un film juste malin mais fun) est exploitée dans ce qu'elle change des rapports sociaux du quartier. En gros, les films suédés deviennent si populaires, -et c'est une surprise pour le spectateur venu rigoler-, qu'ils deviennent le vecteur de la cohésion du quartier et même de sa sauvegarde. Parceque dehors, les promoteurs guettent. Et les studios de cinéma s'y mettent aussi en envoyant Ripley arrêter les replays piratins. Tout concorde à faire monter le buzz, à transformer le délire des deux vendeurs en véritable mouvement social. Une trajectoire que suit le film. Après les blockbusters, voilà qu'on se met à sueder le quartier en filmant collectivement la vie d'un jazzman prétendument natif du coin. Pas sûr que ce soit vrai, cette histoire de Fats Waller, mais pour ces voisins (dont une Mia Farrow échappée d'une rose pourpre du Caire l'ayant déjà aguerrie à l'art de se construire avec un écran), l'occasion de réaliser le film de leur p On en vient à parler de choses sérieuses. Hegel. On se souvient de L'esquive, où la préparation puis la représentation d'une pièce de Marivaux questionnait les jeux de l'amour et du hasard d'un quartier de banlieue parisienne. Là-bas, on prenait conscience d'un monde qui ne tourne décidément pas rond depuis longtemps. Ici, on se construit un passé commun en le filmant. Et peu importe la véracité historique. Le geste fait l'âme du quartier. Un truc tellement beau, tellement vrai, que, lors d'une projection finale faisant de la vitrine du vidéoclub le plus bel écran plasma du monde, même les sceptiques sont contaminés, foule anonyme pas concernée par le film ou promoteurs touchés par la grâce. La belle idée nous avait caché qu'elle avait du coeur. Belle utopie. Photo : L'esquive de Abdellatif Kechiche
RN Filmographie de Michel Gondry (lien Imdb)
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