Ca commence par deux vaisseaux.
Juste deux vaisseaux dans un espace de synthèse.
La caméra les suit en un long plan-séquence.
Anakin et ObiWan.
Bataille spatiale, slaloms, sabres-lasers, combat, R2, tout y est, le premier quart (vingt minutes à tout casser) est un résumé de Star wars. Quasiment un film à lui tout seul.
Une scène attire l'attention :
Des bestioles « ouvre boîte à deux boules » veulent bouffer le vaisseau d'Obi Wan. Anakin le sauve. ils ont une mission mais Obiwan est dans la merde. Anakin va laisser tomber la mission pour en définir une autre, suicide : il ne laissera pas tomber son maître. Désobéissance pour une mission qu'il croit plus noble que celle qu'on lui assigne. Mais grande facilité dans l'action : Anakin sauvera Obiwan et il sauvera aussi Palpatine. En une scène, le personnage est (bien) défini.
Là est le danger : il a désormais la capacité d'aller au bout de ses décisions. De prouver aux jedis qu'ils se plantent, avec toutes leurs précautions, toute leur paperasse métaphysique qui ralentit l'action.
Dans l'épisode 2, lorsqu'Anakin allait sauver Obiwan sur Géonosys (l'arène), il se plantait, il finissait enchaîné à une colonne. Il donnait raison à ses pairs. Pas là. Il renvoie les jedi à leur impuissance.
Il remet en question tout leur système décisionnaire.
Plus tard, Yoda confessera à Mace Windu que la prophétie de l'élu ne vaut rien. C'est la fin du système. Et si l'élu était celui par qui le chaos et non la paix arrive ? On pense à un autre élu, celui de Matrix, dont la seule fonction était de rebooter le monde.
Redémarrer un cycle, redémarrer une narration : permettre à la seconde trilogie d'exister.
Parce que pendant ce temps, un autre élu, démocratiquement élu, lui, attends.
L'intrus
Dans son casting de meilleur sith de l'année, Palpatine en a marre des diablotins danseurs du Bolchoï et des vieux Dracula d'opérette. Ca commence à urger, il est temps de prendre le pouvoir. Il est temps d'entrer en action.
Jusqu'à présent, il maîtrisait le « off ». Il veut désormais entrer dans le champs.
Il était juste une silhouette. Ce film sera le sien : Lucas va lui offrir un corps.
Il l'étrenne dans la douleur d'abord (voir ses rictus de souffrance dans son combat avec Mace), puis il ne cessera de ricaner, tout content de pouvoir b
ouger, sauter, tuer.
Enfin il peut jouir de son corps.
Lon Chaney tout fier d'utiliser enfin son corps et de porter le masque (voir comme il montre sa sale gueule aux sénateurs).
Le film est une tragédie. Il peut enfin apparaître.
Un drôle de film : à la mort des enfants apprentis répond la naissance d'un vieillard.
Palpatine, le personnage de théâtre dans un film en synthèse qui révèlera ses origines à Anakin...dans un opéra, celui dont les réactions, dans les 2 films précédents , ne sont jamais raccord. Il y avait toujours un plan de trop avec lui. Personnage anachronique, théâtral et issu d'une tradition de classiques du fantastique : Vador se lève, c'est Frankenstein qui fait ses premiers pas. La Universal, la Hammer n'est pas loin : Peter Cushing jouera dans le 4.
Palpatine était la lenteur dans des films où les personnages n'existent que dans l'action : dans les Star wars, les personnages se définissent par leurs actes, pas par ce qu'ils disent.
Les paroles, Lucas les laisse à C3PO, un robot dont parler est le métier (droïde de protocole) et qui se distingue par sa contre-productivité lors des scènes d'action. Par opposition à R2D2, petit gars qui ne parle pas mais qui sauve ses maîtres dans chaque film.
Dans les Star wars, pour tuer un personnage, il faut l'empêcher d'agir : toutes ces mutilations synonymes de mort certaine.
Photo : Frankenstein de James Whale
La revanche de la parole
Les jedis se méfient de la parole, leur conseil est davantage un lieu de communion spirituelle qu'un sénat bis. Dans l'épisode 2, Obiwan, sur le balcon de Padmé, mettra en garde Anakin des paroles de Palpatine car les sénateurs « pensent plus à intriguer pour financer leurs campagnes ». Et Palpatine sera celui qui crée par la parole (parle-patine ?). D'abord il se fait élire en intriguant. Puis il va prendre le pouvoir de modifier le sens de l'action par la parole : l'ordre 66 donné aux clones de tirer sur les jedis.
Il est celui qui a aussi le pouvoir de créer par la parole : il nomme. Il crée les siths en les baptisant.
C'est aussi par la parole qu'il va transformer Anakin en Vador. Et le nom fait le sith car dès lors il agira en tant que tel.
Vous remarquerez que lorsque Palpatine parle, il fait l'effort de ne bouger que les lèvres et rester impassible.
L'irruption de la parole dans l'action, voilà la revanche des siths
Jonction entre les 2 trilogies, le dernier quart-d'heure sera muet pour laisser place à l'espoir qui va naître.
La boucle est bouclée. Du muet à ILM
Une trilogie pour clamer son amour du cinéma.
RN
Filmographie de George Lucas (lien Imdb)