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La balance aux chansonsVous vous souvenez de Jack Nicholson dans "Profession : reporter" ? Mais si, l’histoire d’un journaliste hors lui et hors là. Alors voilà, c’est un peu la même ritournelle avec Cécile de France en visiteuse d’appartements. Elle meuble sa vie en jouant à cache-cache avec un chanteur pour veilles dames. Son corps passe d’un non-lieu à un autre, ni épuisé ni en forme, juste dans un improbable immobilisme. Une impossibilité à capitaliser (c’est comme ça qu’on dit) le moindre geste ou pire, un début d’histoire. Elle change sans cesse de décors vides (repérages pour une fiction) sans jamais commencer. "Quand j’étais chanteur" fait du surplace. Ne s’enfonce pas, ne décolle pas mais patiente. Un vrai film d’appartements en appartements comme "Profession : reporter" naviguait de pays en pays. Mais ici, le scénario produit une radicalité effarante dans l’hésitation qui ferait passer Antonioni pour le producteur de Star Wars. Giannoli tient cette position quasi conceptuelle jusqu’à la dernière seconde. Même si le surplace produit une grimpette des sentiments (Depardieu s’attache), le schmilblick ne bouge pas. Voilà une drôle d’affaire d’immobilier "Quand j’étais chanteur" n’avance pas mais oscille (slogan politique) comme un bateau retenu par son encre dans la houle : il tangue, c'est tout. Un mouvement cool au cinéma. Il faut voir Depardieu crooner sur scène, avec une distance classieuse, à la fois fatigué et terriblement sincère, retranché derrière des tubes qui ont fait leur preuve. Sa voix lance à qui veut l’entendre des feuilles de routes amoureuses, enjouées ou malheureuses, sans échos particuliers avec sa vie. Mais petit à petit, la situation remue. Le cœur goûte au printemps et ne souhaite plus les refrains tristes. Le personnage perd la substance de la scène. Refuse le point d’orgue de sa carrière (la première partie de Christophe au Zénith). Se retire. Quitte le chanté à l’imparfait pour un amour au présent, concret, instable. Tout change et pourtant rien ne bouge. Le tragique du film surgit par la stature figée du personnage. Au départ, de bout sur scène, derrière un micro, au final assis dans un bar. Un corps chanson, un corps amoureux, toujours le même corps arbre. Solidement enraciné en Auvergne, dans le film, dans nos mémoires. Les minutes passent, les feuilles du chêne tremblent et le film s’enlise (c’est un compliment) pour atteindre la chanson générique de Michel Delpech . Conjuguer enfin l’imparfait à l’imparfait. Quitter le musée (et les maisons de retraite). Abandonner l’immobilisme de la scène et ses statuts (Christophe). Passer du cœur en hiver à l’amour en fuite, sans bouger. |
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Oh macumba !Depardieu est une chanson qui vieillit bien. C’est à dire une affaire d’immédiateté et de répétition. Un jeu entre une première écoute génialement évidente puis le souvenir sans cesse réactivé de cette première émotion. Voilà… pépère patine comme les meubles. Entre quelques bouses cinématographiques, il produit d’évidents retours sur lui-même avec saint Augustin dans les mains. Un peu à la Téchiné. Pourtant, le parti pris de Giannoli ne tire pas vers la discrétion des "temps qui changent". Il s’agit plus d’une plongée dans le cheap. A l’image d'une chanson de bal avec parfois sa nécessaire dégradation. C'est ça le truc : l’original reste toujours dans nos têtes. Plus fort que le cheap. La version balajo devient un signal approximatif pour réactiver la première fois. |
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La chanson fonctionne malgré les traitements qu’aucun animal ne pourrait supporter. Un truc plus fort que la mort. La ritournelle est toujours là. En nous. Intacte. Comme le corps de Depardieu, à jamais marqué par les films de Duras, Truffaut, Pialat, Téchiné. Un buvard d’immédiateté et de temps passé ensemble. Un corps chanson. Ici, génialement maladroit. Pas au top. Une manière de forcer le souvenir des premières ritournelles. D’un cinéma aimé. Comme des vieux standards. A la fois original et réorchestré. Du deux en un. Du rare. Et un petit retour sur Michel Delpech, qu’on aime toujours autant. |
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DS |