English comedy club
Morning glory (2011) de Roger Mitchell


Morning glory, c'est d'abord l'une des plus belles chansons du monde. En pleine période hippy, Tim Buckley sonne la fin d'un rêve avec ses chœurs célestes. Et c'est toujours d'une puissance folle à l'écoute aujourd'hui. Sur un tout autre plan, le Morning glory correspond aussi à une expression typiquement anglaise, attribuant une bien belle vigueur matinale aux messieurs en forme. Enfin, pour les plus jeunes, le deuxième album d'Oasis s'appelle également (What the story) Morning glory ? Nous sommes au beau milieu du London 90's, dans un courant d'air post Thatcher.

Alors oui, appeler son film Morning glory quand on s'appelle Roger Michell, signifie tout ça à la fois. C'est-à-dire un sacré mélange entre la comédie, le cul et un ton typical english énervé. Car même aux Etats-Unis, le cinéaste fabrique son ploughman's lunch,   avec des héros tous bizarres dedans.

Validation des acquis de l'expérience

On reprend. Le zozo, né en Afrique du Sud, a 15 ans quand les hippys disparaissent de la carte. A la trentaine, il débute sa carrière à la télé anglaise par des séries télé comme The Buddha of Suburbia avec David Bowie à la musique. Comme c'est open bar, il se lance aussi dans le spectacle dans le west end à Londres, un peu le Brodway local. Peu de temps après, Roger explose grâce à sa super comédie Coup de foudre à Notting Hill. Carton plein pour cette comédie romantique sauce Worcester alors le garçon enchaine plusieurs longs métrages toujours british mais malheureusement passés inaperçus (sauf pour la critique plutôt emballée). Et puis voilà, le zozo file aujourd'hui à Hollywood avec une prod de la mort qui tue.

Accrochez vous, Morning glory est fabriqué par Bad robot, la boite d à JJ Abrams qui a donné le jour, excusez du peu, à Lost, Cloverfield ou Star Trek.
Vous voulez du label rouge ? On ajoute Harrison Ford (action man à la retraite), Diane Keaton (ex égérie de Woody Allen), Jeff Goldblum (génial chez Cronenberg et Spielberg) et Rachel Mc Adams, vue dans l'excellent Lolita malgré moi (Mark Waters) ou bientôt Minuit à Paris toujours de Woody et le prochain Terrence Malick. Appuyez sur entrée si faut encore une légitimation, David Arnold (les derniers Bond) emballe la bande son et peaufine la belle affaire.

Photo : Coup de foudre à Notting Hill de Roger Mitchell

Pourvu que ça dure

C'est donc un english man à Hollywood qui déboule pour raconter les désarrois d'une gentille productrice TV complètement out. A la recherche d'un emploi, la poulette au poil est balancée à la prod d'un Télématin tout pourri. Elle tente le trash pour sauver son job avec une équipe de bras cassés. Comment faire grimper l'audience ? Après plusieurs tentatives cheapos, la jeune femme engage Mike Pomeroy (Harrison Ford), journaliste presque en retraite et célèbre pour sa couverture des guerres. Le mec appartient à la short-list des hommes les plus casse-couilles de la planète et se la pète grave. Du coup, ça le fait pas quand il s'agit d'annoncer une spéciale pâtée pour chien avec une co-présentatrice acariâtre.

Morning glory tricote une comédie romantique sur la trame classique d'une love story entre la miss et un jeune journaliste intello. A ce détail près, ils niquent immédiatement contrairement aux règles traditionnelles du genre. Ici, pas de french kiss avant le générique de fin, mais du cul dés le début. Toute l'affaire tient étrangement dans la capacité du couple à faire durer maladroitement le plaisir.

Mais le plus dingue consiste à mettre cette love story de côté pour travailler les amours professionnels entre la productrice super maline et le vieux journaliste désagréable. L'entreprise de séduction passe par la folie douce d'un puritain old-school et une jeune femme lançant tous les appâts imaginables pour l'amadouer. La relation platonique, filiale, passionnelle et gérontophile, s'expose directement dans la mise en scène du show TV. L'étrange amour brille alors dans la réalisation du Télématin burlesque, comme un écho radar aux soubresauts des cœurs perdus et électriques.

La productrice rabiboche sans cesse les deux présentateurs vedettes : une vielle peau (Keaton) et le dur à cuir (Ford). Comme la projection dans le temps de sa love story mal barrée. On assiste alors à la projection d'un ménage rageur, invraisemblablement contradictoire, toujours en abime comique. Elle veille à l'idéal impossible. Elle invente une mayo non pas dans l'harmonie romantique mais justement dans l'irréductible contradiction éthique du duo. Persiste alors cette lancinante question balancée dans l'agitation d'un plateau tv au petit matin: ça fonctionne comment un couple sur la durée ?

Peut-être bien dans une folle partouze virtuelle entre jeunes, vieux, et couples à la carte ! Le résultat produit une exhibition étincelante entre cynisme et romantisme. Ouep, Télématin c'est cul, complexe, psycho, hors norme et foutrement marrant. Faut dire, Roger Michel est un habitué des amours étranges. Coup de foudre à Notting Hill brasse déjà toutes ces questions avec ses héros comédiens, largués entre l'aventure des cœurs et les images de soi surmultipliés dans les médias. Ou plus fort, la love story story improbable entre une vielle femme et un gamin de trente ans (The Mother). On est loin du plan ramplanplan entre jeunes gens bien sous tous rapports.

Photo : Les aventuriers de l'arche perdue de Steven Spielberg

De l'air on the air

Et si des zozos imaginatifs et cheapos s'amusaient sur un plateau télé ? Morning glory bosse le sujet sous toutes les coutures, histoire de filer le gourdin chaque matin à une équipe à bout de souffle. C'est Huit et demi de Fellini avec son cinéaste au fond du trou, mais sans la dépression, ni le génie.
Juste le kif d'une invention permanente et joyeuse dans un genre déclassé. Michell ouvre les portes du paradis par la réinvention du burlesque glorieux, histoire de mettre la gomme dans le grotesque, histoire aussi de créer une énergie débordante.

Cette ardeur est belle, car génialement contrastée par le calme d'un New-York filmé la nuit ou au petit matin. La gamine prend le bateau, traverse une rue, quitte le plateau pour sentir l'air frais d'une ville endormie. Comme Pomeroy trouve le salut en piquant une équipe mobile et fabrique un scoop à quelques kilomètres des studios. C'est tout con, mais ça se passe dehors ou juste à côté. Fallait juste pousser la porte pour se marrer un bon coup (des reportages bouffons) et se la péter utile en même temps (le journalisme).

Photo : Huit et demi de Federico Fellini

Jouer sur la durée

Morning glory titille un autre tempo. Celui des acteurs hors d'usage (Harrison Ford et Diane Keaton), sortis direct de la maison de retraite. Ils sont là pour ce qu'ils sont aujourd'hui. C'est-à-dire des personnages usés jusqu'à l'os, jouant l'image de leur propre rôle. Harrison cherche un truc un peu classe et Keaton à faire rire encore une fois. Soit l'exacte sensation traversée dans un film juste à côté, Scream 4 (Wes Craven).

Le vieux Craven reprend la formule en faisant semblant d'épuiser le film d'horreur. Les acteurs, vus depuis le premier Scream il y a 20 ans, traversent le 4 en cherchant leur place. D'un coup, quand personne ne s'y attend, la mélancolie est là, à voir les jeunes pousses se faire niquer par le genre. Il faut regarder Neve Campbell errer comme un fantôme dans une fiction dont les autres personnages ne veulent plus. Le cannibalisme n'est pas loin, mais le personnage hors d'usage pige la situation. Elle joue son écho visuel à la perfection pour rappeler aux jeunes collègues et spectateurs parfois péteux un truc tout simple : la puissance de l'écriture.

Ben oui, quand tout semble user jusqu'à la corde, un scénariste au poil et un réalisateur en forme injectent nécessairement de la fiction ravageuse même quand plus rien ne semble possible. Scream 4 ou Morning glory, dans des genres très différents, nous rappellent tout simplement la force de la narration. Même quand tout semble perdu ou connu d'avance, les carottes ne sont jamais cuites même pour les zozos les plus casses couilles de la terre. Et ce sont eux, précisément revenus de milles films, qui nous le disent. Un vrai Morning glory !

Photo : Scream 4 de Wes Craven

 

 

 

DS

Filmographie de Jon Favreau (lien Imdb)