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Alors oui, appeler son film Morning glory quand on s'appelle Roger Michell, signifie tout ça à la fois. C'est-à-dire un sacré mélange entre la comédie, le cul et un ton typical english énervé. Car même aux Etats-Unis, le cinéaste fabrique son ploughman's lunch, avec des héros tous bizarres dedans. Validation des acquis de l'expérienceOn reprend. Le zozo, né en Afrique du Sud, a 15 ans quand les hippys disparaissent de la carte. A la trentaine, il débute sa carrière à la télé anglaise par des séries télé comme The Buddha of Suburbia avec David Bo Accrochez vous, Morning glory est fabriqué par Bad robot, la boite d à JJ Abrams qui a donné le jour, excusez du peu, à Lost, Cloverfield ou Star Trek. Photo : Coup de foudre à Notting Hill de Roger Mitchell Pourvu que ça dureC'est donc un english man à Hollywood qui déboule pour raconter les désarrois d'une gentille productrice TV complètement out. A la recherche d'un emploi, la poulette au poil est balancée à la prod d'un Télématin tout pourri. Elle tente le trash pour sauver son job avec une équipe de bras cassés. Comment faire grimper l'audience ? Après plusieurs tentatives cheapos, la jeune femme engage Mike Pomeroy (Harrison Ford), journaliste presque en retraite et célèbre pour sa couverture des guerres. Le mec appartient à la short-list des hommes les plus casse-couilles de la planète et se la pète grave. Du coup, ça le fait pas quand il s'agit d'annoncer une spéciale pâtée pour chien avec une co-présentatrice acariâtre. Morning glory tricote une comédie romantique sur la trame classique d'une love story entre la miss et un jeune journaliste intello. A ce détail près, ils niquent immédiatement contrairement aux règles traditionnelles du genre. Ici, pas de french kiss avant le générique de fin, mais du cul dés le début. Toute l'affaire tient étrangement dans la capacité du couple à faire durer maladroitement le plaisir. Mais le plus dingue consiste à mettre cette love story de côté pour travailler les amours professionnels entre la productrice super maline et le vie La productrice rabiboche sans cesse les deux présentateurs vedettes : une vielle peau (Keaton) et le dur à cuir (Ford). Comme la projection dans le temps de sa love story mal barrée. On assiste alors à la projection d'un ménage rageur, invraisemblablement contradictoire, toujours en abime comique. Elle veille à l'idéal impossible. Elle invente une mayo non pas dans l'harmonie romantique mais justement dans l'irréductible contradiction éthique du duo. Persiste alors cette lancinante question balancée dans l'agitation d'un plateau tv au petit matin: ça fonctionne comment un couple sur la durée ? Peut-être bien dans une folle partouze virtuelle entre jeunes, vieux, et couples à la carte ! Le résultat produit une exhibition étincelante entre cynisme et romantisme. Ouep, Télématin c'est cul, complexe, psycho, hors norme et foutrement marrant. Faut dire, Roger Michel est un habitué des amours étranges. Coup de foudre à Notting Hill brasse déjà toutes ces questions avec ses héros comédiens, largués entre l'aventure des cœurs et les images de soi surmultipliés dans les médias. Ou plus fort, la love story story improbable entre une vielle femme et un gamin de trente ans (The Mother). On est loin du plan ramplanplan entre jeunes gens bien sous tous rapports. Photo : Les aventuriers de l'arche perdue de Steven Spielberg De l'air on the air
Cette ardeur est belle, car génialement contrastée par le calme d'un New-York filmé la nuit ou au petit matin. La gamine prend le bateau, traverse une rue, quitte le plateau pour sentir l'air frais d'une ville endormie. Comme Pomeroy trouve le salut en piquant une équipe mobile et fabrique un scoop à quelques kilomètres des studios. C'est tout con, mais ça se passe dehors ou juste à côté. Fallait juste pousser la porte pour se marrer un bon coup (des reportages bouffons) et se la péter utile en même temps (le journalisme). Photo : Huit et demi de Federico Fellini Jouer sur la duréeMorning glory titille un autre tempo. Celui des acteurs hors d'usage (Harrison Ford et Diane Keaton), sortis direct de la maison de retraite. Ils sont là pour ce qu'ils sont aujourd'hui. C'est-à-dire des personnages usés jusqu'à l'os, jouant l'image de leur propre rôle. Harrison che Le vieux Craven reprend la formule en faisant semblant d'épuiser le film d'horreur. Les acteurs, vus depuis le premier Scream il y a 20 ans, traversent le 4 en cherchant leur place. D'un coup, quand personne ne s'y attend, la mélancolie est là, à voir les jeunes pousses se faire niquer par le genre. Il faut regarder Neve Campbell errer comme un fantôme dans une fiction dont les autres personnages ne veulent plus. Le cannibalisme n'est pas loin, mais le personnage hors d'usage pige la situation. Elle joue son écho visuel à la perfection pour rappeler aux jeunes collègues et spectateurs parfois péteux un truc tout simple : la puissance de l'écriture. Ben oui, quand tout semble user jusqu'à la corde, un scénariste au poil et un réalisateur en forme injectent nécessairement de la fiction ravageuse même quand plus rien ne semble possible. Scream 4 ou Morning glory, dans des genres très différents, nous rappellent tout simplement la force de la narration. Même quand tout semble perdu ou connu d'avance, les carottes ne sont jamais cuites même pour les zozos les plus casses couilles de la terre. Et ce sont eux, précisément revenus de milles films, qui nous le disent. Un vrai Morning glory ! Photo : Scream 4 de Wes Craven
DS |