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Gil (Owen Wilson) semble prêt pour le mariage quand le zozo file à Paris avec Inès (Rachel Mc Adams) sous couvert de beaux parents terribles. L'accordéon aidant, notre scénariste hollywoodien se remémore son bon vieux rêve d'être écrivain. Un truc à l'ancienne, hyper bohème, entre Amélie Poulain et Hemingway. Soudain, 12 coups de minuit sonnent au coin d'une rue pavée. Gil plonge alors dans une invraisemblable machine à remonter le temps. Il rencontre tous ses potes mythiques qui fabriquèrent un Paris ouverts aux étrangers, à l'expérience arty, au surréalisme, aux drogues, à l'amour et au courage poétique. Amours fantastiquesLa formule des mondes parallèles est un vieux truc chez Woody. Ca passe par l'inconscient (Intérieur), la fumette (Alice), la science fiction (Woody et les robots), l'effet spécial (La Rose pourpre du Caire), la prestidigitation (Scoop) ou la mythomanie (Zelig). Si on savait pas, Woody est un grand cinéaste du fantastique, doublé d'une joyeuse érotomanie. Par exemple, l'héroïne de la Rose pourpre du Caire palpite pour un acteur muet et pénètre l'écran pour assouvir son désir. D'une certaine manière, ces transports amoureux et voyages fantastiques appartiennent au même mouvement. Un truc non seulement confirmé dans Minuit à Paris, mais carrément radicalisé par Owen Wilson. Sa future femme ne peut entrer dans la machine à remonter le temps ? N'est pas capable de regarder l'incroyable ? Le film lui réserve un hors champ shopping, restos ou musées super pénibles. Résultat : pas de fantastique, pas d'amour. Comme dit Chirac, la passion du genre chez Woody touche une boule sans faire bouger l'autre. C'est-à-dire une digestion du genre discrète, simplissime, à la Méliès avec trois bidouilles et puis voilà. Pas de quoi faire un tralala, car son incroyable est fauché, tenu par 3 bouts de ficelles, lié à quelques images suggestives dont on sait guère si ça se niche dans un psycho drame freudien, une opération magique ou tout simplement une consommation immodérée du cinéma. Alors voilà, les zozos filent dans un monde magique et trouvent par là un nouvel élan. Mais Woody, pas con, réserve également le mouvement inverse. Minuit à Paris renverse ainsi la vapeur en introduisant du présent dans un passé certes merveilleux, mais pas toujours kiffant. Du coup, les mondes parallèles interagissent comme dans n'importe quel je Enfin, ces mouvements à double sens proposent des limites claires à l'expérience. Car niquer avec des fantômes c'est cool, mais le retour au réel tout aussi nécessaire. Seul compte le mouvement, les aller retour, le trouble des mondes et des corps, capable d'inventer un chemin singulier, salvateur mais aussi déceptif. Le happy end n'est pas garanti, un peu comme chez le psy. On est sur le divan, l'inconscient fait des siennes et la séance s'interrompt brutalement au bout de 45 minutes. On repart avec ses casseroles enfin visibles, prêtes à être transformées pour inventer du cool, mais rien de sûr. Alors voilà, le ciné de Woody fabrique une sorte de fantastique lucide, à cheval sur des régimes d'images protéiformes, synonyme d'un mode d'emploi pour créer du nouveau, du particulier, du bricolage même si l'arrivée n'est jamais vraiment satisfaisante, toujours de traviole, fragile et pour le coup hyper réaliste. Prenez la fin du sublime Vicky Cristina Barcelona, les filles redescendent du septième ciel espagnol avec des cailloux dans la chaussure. Et vous savez quoi, c'est non seulement d'une honnêteté invraisemblable, mais totalement ouvert pour laisser une place aux spectateurs, histoire de sortir carrément raccord avec l'expérience des personnages. Ca fait du bien, c'est mal foutu, rien d'achever, la vie peut reprendre pareil mais pas pareil. Photo : Vicky, Cristina, Barcelona de Woody Allen C'est quoi un trip ?Pour arriver au pareil mais pas pareil, faut une préparation, une substance, un rituel, une illumination. Après les herbes douces, les effets spéci Ben oui, Minuit à Paris s'ouvre sur un long powerpoint des coins les plus touristiques de Paris. Notre-Dame, la tour Eiffel, l'Ile Saint-Louis, le pont Neuf… tout y passe pour nous lessiver par la fabrique d'un Paris mythique. Rien d'ironique dans ces images signées Darius Khondji (Michael Hanecke, Wong Kar Wai, Douglas Gordon, David Fincher, Bernardo Bertolucci), juste un tour de passe-passe pour nous préparer à l'impossible. C'est comme l'intro géniale et épuisante de Scream 4, quand Wes Craven tourne en bourrique les modalités frontales des meurtres dans le cinéma d'horreur. On croit savoir, on est prêt mais on se fait niquer. Et jeunes gens, pas la peine de jouer au malin, le ciné c'est plus fort que toi. C'est comme le désir avant et pendant le mariage. On rencontre un tas de partenaires avant le grand oui. Et ranger ces affaires au placard n'est pas si simple. C'est le Very bad trip 1 ou 2 (Todd Philipps) barré en couille avant la cérémonie ou mieux, le splendide Bon à tirer des frères Farrelly après la fiesta. Car le désir, adossé à l'inconscient, travaille toujours en arrière boutique, surtout dans un cadre un peu plus serré. Du coup, Woody presse le citron et invite à regarder à deux fois le réel avant l'engagement. C'est même la fonction première du very good trip. Faux souvenirsWoody filme la fabrique du regard aigu. Gil se pose même la question : c'est qui vraiment la poulette à qui je vais dire oui devant le maire ? Comme quoi, un usage abusif de cartes postales délivre un œil vif. C'est même une définition idéale du cinéma, de la musique ou d'une bonne vieille toile au Louvre. Minuit à Paris pousse même le bouchon jusqu'à préciser la manière de regarder. Gil et sa femme rencontrent des amis super cultivés, pédants et casse-couilles. L'un d'eux est universitaire et ramène sa science devant l'architecture de Versailles, une toile de Picasso ou un bon pinard. C'est peut-être intéressant, c'est surtout carrément chia C'est moins clean, moins glam, mais bien plus proche des troubles d'une fabrique à fantasmes. Paris parait le théâtre idéal pour faire du frou-frou. C'est-à-dire nourrir une nette préférence pour des illusions pleines de vie contre un pragmatisme un brin fatigant. C'est même l'histoire du Moulin rouge, racontée par Baz Luhrmann ou Jean Renoir (French cancan). Voilà le lieu parfait pour la bohème, appelant une construction folle (inventer un spectacle joyeux et sexuel) quand le réel impose un régime triste et sec. Midnight in Paris raisonne avec Jean Gabin, tenancier du bordel dansant chez Renoir. Soit l'invention d'une boîte impossible et pourtant nécessaire pour contrer les paquets de merdes de la vie courante. C'est aussi la réminiscence du Prince Alexandre de chez Renoir, aristocrate épris d'une danseuse légère au Moulin rouge. Comme raconte la fiche wiki : il choisit d'être amoureux d'une jeune fille qu'il sait pourtant elle-même éprise d'un autre, il rate son suicide, et enfin, quittant Paris, il demande à Nini de lui offrir de "faux-souvenirs". Photo : French Cancan de Jean Renoir
DS |