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Pourtant, derrière la conscience défaite, un autre ciné carbure à l'optimisme. Parfois, la conviction d'une science utile l'emporte. C'est carrément une croyance adossée à l'idée de progrès qui peut faire levier pour l'épanouissement de l'humanité. Version hard, Star Trek redéploye la conquête de l'ouest vers l'espace intersidéral et soutient à coup d'Enterprise la grande marche vers le progrès. Version light, ça donne James Bond, toujours high tech pour sauver le monde, y compris dans son versant grotesque avec Hubert Bonisseur de la Bath (OSS 117), restaurateur de la modernité made in France. Bon, faut juste dégainer deux gadgets fabriqués à Coulommiers. Carrément tripant, on trouve parfois la synthèse des deux faces. C'est-à-dire, un mix entre les dérives scientifiques et une visée humaniste. La première saison de Fringe (J.J. Abrams) se coltine le taf avec ses savants fo Dans la série "doute et optimisme", un autre zozo module le tableau. Bien sûr, c'est bingo pour David Cronenberg et ses expériences niquées. Mais faut aussi compter sur David Fincher, autre grand cinéaste transgénique, étrangement capable de sortir ses crayons de couleur dans une œuvre hantée par le désastre. The social network et Millenium sont deux films fous, oscillant entre enthousiasme et critique radical. On se retrouve avec la même excitation tordue déjà à l'œuvre dans Fight club ou The Game (un 24 heures chrono analogique craqué par le jeu numérique ?). Fincher photoshope le monde comme il va. Et cette ambivalence s'emballe dans du ciné bandant le genre. De ces expériences fantastiques, que reste-t-il de nos espoirs dans une vie meilleure ? C'est quoi la techno aujourd'hui ? Comment ça marche ? Hey, les amis… c'est quand qu'on va ou ? Ca commence toujours par une énigme. Photo : The game de David Fincher La torture old schoolDepuis le début (Seven), Fincher joue au Cluedo. On plonge dans ses raisonnements, avec plein de trous dedans, pour dévoiler une vérité un chouilla morbide. Le zozo dévisage le monde en décryptant un tas de signes. C'est l'enquête policière et ses craquements dans une maison hantée par la paranoïa (Panic room), le trip acide (Fight club) ou une machine à multiplier les portraits dans le réseau social. A chaque fois, le pied quitte la terre ferme pour remonter une sale histoire à faire craquer le vernis. En même temps, on assiste à un second mouvement presque contraire concernant le traitement de la narration. Une enquête, des images, quelques signes et le jeu commence. Mais à force de films, Fincher ajoute au ludique morbide (The Game) une belle profondeur. Ses héros prennent de la graine en collant plus fort à l'histoire contemporaine. Que ce soit la véritable Facebook story ou ici Millenium avec un cours d'histoire géo sur la Suède carrément labellisé avec un grand H, les zozos se coltinent un réel de plus en plus vrai. Le jeu cours toujours, mais l'exercice de style en moins. Mikael Blomkvist (Daniel Craig encore une fois formidable) fait son journaliste vieillissant chez les Ewing - Dallas suédois et enquête sur la disparition de la nièce du patron. Comme rien n'est simple, la jeune femme quitte les écrans radars dans les années soixante. Autant dire une époque pas si éloignée de la seconde guerre mondiale, dont les racines plongent dans le pire cauchemar européen. On note au passage une récurrence chez Fincher : faire remonter à la surface la folie nazie comme horreur définitive. De la savonnette Fight club en passant par les tortures Millénium, l'ancrage est là. Comme une mise en garde (et non pas un recyclage) : les nouveaux régimes d'images ne doivent pas faire l'économie de l'atrocité historique. C'est comme ça, le journaliste old-school se coltine les supports de l'époque pour résoudre l'énigme. Des archives papier, la photographie, les interviews avec les protagonistes ou plus cash, le déplacement physique sur le lieu du crime. Sa méthode est même reliée à l'hebdo révélateur des grands scandales suédois (Millénium), c'est-à-dire une version papier en perte de vitesse économique pour débusquer le vrai. C'est l'occasion de multiplier les pistes liées au passé, et de gratter la matière même du ciné paran Le plus fort avec ce carbone 14, c'est la méticulosité de Fincher à recréer un réel en dur avec une armée d'effets spéciaux super discrets. Le zozo évite la case "réalisme" pour inventer une histoire un poil trop vrai. C'est du hard inventé par la chaine numérique, comme si ce réel n'était atteignable uniquement par l'informatique. L'histoire serait déjà si loin ? Alors le zozo la fait remonter à la surface. Et là les amis, on est bon pour rédiger quelques thèses si on a le goût. On est gentil à Palma, voilà une piste gratos : la matière historique se niche dans le grain, comme le corps de Daniel Craig dérape sur une motte de terre, se prend au piège dans une villa architecturée de vitres où la transparence 2.0 empêche la bonne planque. En même temps, l'acteur 007 attire la torture physique comme un pot de miel excite les ours dans les Pyrénées. Le massacre de son corps viril sur une chaise (figure déjà vue dans Casino Royale et reprise ici en version pendue et étouffée) revient comme marque de fabrique. Pour tout dire, la résonnance british de l'acteur formé au théâtre classique accentue ce retour SM aux planches avec les clous, les fouets et un metteur en scène sadique. Photo : Casino Royale de Martin Campbell La part mauditeEt puis, Millenium tombe sur la poulette héroïque, sortie direct de la matrix. Lisbeth Salander compulse les archives en tapotant les ordis comme d'autres se collent du vernis à ongles. Ces flux d'infos la font glisser entre les lignes, jouer sur les sexualités, foncer à moto comme une Batwoman maudite dans une ville associée au va va vroum. S'agit, pour la fille qui rêvait d'un bidon et d'une allumette, de reprendre pied dans un réel sans thune, avec une tutelle avariée et des sales regards sur son look manga dark. Millenium avance une histoire de vengeance. Aussi bien pour le journaliste noyé dans une affaire Clairstream locale et pour Lisbeth, confrontée à la folie d'une remise au pas social ravagée. Et pour reprendre pied dans la recherc Et là, Fincher reprend ses interprétations du monde souvent niquées par ses multiples indices. Par exemple, un serial killer impose Seven péchés capitaux au fin fond des Etats-Unis, un mauvais trip dévore le Fight Club et le réseau social grappille des parts de marché numériques sur le quotidien. L'ordi remplace le road-movie des années 60 ou les grands voyages intérieurs des 70's. S'agit de plonger dans des consciences en butte avec un réel rivé à des certitudes ébranlées. Religion, failles spatio temporelles, maison hantée par soi-même… tout est bon pour faire émerger les représentations multi niveaux. C'est la Dangereuse méthode, si chère à Cronenberg. Quand la psychanalyse joue avec le feu de la folie pour mettre à jour ces ambivalences, Fincher opère le même mouvement avec le numérique. La part maudite s'objectivise. L'approche fantastique semble disparaitre pour s'ancrer dans l'histoire scientifique pour le canadien, ou ici l'Histoire tout court. L'horreur est bien là. Vraie de vraie. Puissante. On pourrait presque imaginer un prolongement avec une virée vers le documentaire. C'est-à-dire une construction du réel et son exigence de vérification sur les données, pour saisir à quel point le trouble du monde persiste. Alors Finchy et Crony, un appareil photo numérique et chiche pour filmer cash le réel ? Photo : A dangerous method de David Cronenberg Une histoire presque vraieOn en revient à David Lynch, l'un des grands obsédés par cette matière folle. Une caméra pas chère, un hôtel abandonné, quelques âmes errantes dans un empire isolé, et tout semble poreux entre la psyché, le fantastique et un morceau de réel. Même tentation par une Histoire vraie, avec un vieillard sur un tracteur pour traverser les Etats-Unis. Le road movie Lynchien s'achève dans une balance Fincher pousse le bouchon vers l'irréconciliable pour se promener dans les failles des différentes images. La jeune geek et le journaliste papivore bossent ensemble, mais ça dure le temps d'une enquête. L'ancien monde construit sur du réel et le numérique divorcent quand le romantisme amoureux porté par la gamine s'achève sur une fin de non recevoir. Elle prépare un ultime cadeau au journaliste vite reparti dans son univers papier. Quand Lisbeth semble faire un pas vers l'old school, le cynisme pointe son nez et c'est pas cool. Ouep, le meilleur des mondes reste à inventer et c'est pas facile. Bref, le ciné avec ses transformations techniques et son incroyable souffle romanesque, n'en fini pas de dresser une carte du monde, aux frontières à la fois mentales et géographiques. C'est l'histoire d'une image de synthèse sans cesse mise à jour. Qui en appelle au réel comme les Frères Lumière filment une locomotive dans une gare. C'est l'archéologie d'un siècle avec un ciné toujours surpris par sa propre invention. Rarement une filmo a été autant raccord entre sa forme et les questions qui nous traversent aujourd'hui. La chronique du monde continue dans les salles obscures, multipliée en DVD, en VOD, sur les tablettes. La narration finchienne trouve des formes incandescentes et le zozo, encore une fois, allume la mèche. Photo : Une histoire vraie de David Lynch
DS |