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L'homme sans âge désarçonne. L'homme sans âge surprend, déçoit puis se rachète. L'homme sans âge est tout sauf un film évident. Pour le pitch, voyez le titre. Pour l'histoire, voyez un médecinBon ben c'est facile, ça raconte l'histoire d'un vieux roumain qui prend la foudre et qui rajeunit. Même du cerveau. Du coup il devient super intelligent, au point d'éveiller les convoitises du Fuhrer himself (le film se passe en pleine ascension du nazisme). Le héros, Dominik Mattei, en profite pour essayer d'achever son oeuvre, une étude sur les origines du langage titanesque puisqu'il se donne pour objectif de comprendre ainsi les origines de l'homme. Et si accessoirement le petit Dominik pouvait aussi retrouver son amour perdu au gré d'une réincarnation, il ne serait pas contre. Ajoutons que le Dom du film devient aussi schizophrène et que des fois il cause à son double. C'est ainsi que pendant deux heures, Coppola nous fait voyager parmi les genres. Film fantastique, super héros, espionnage, comédie, conte, histoire de karma, biopic imaginaire... Mais jamais il ne nous ballade. Le vieux maître fait son film tout sauf tranquillement, ne s'épargnant aucun piège comme ces scènes potentiellement risibles du dialogue schizo façon bouffon vert (le premier Spiderman de Sam Raimi avec Willem Dafoe qui réinvente le cabotinage à chaque roulement d'oeil) entre Mattei et son double ou encore l'épisode bouddhiste de la réincarnation. Il pourrait nous livrer un truc pépère, respectable, poli, mais Coppola aussi a pris un coup de foudre et rajeunit. Il fait un film qui ne cesse de bifurquer, de tenter des trucs hallucinants. Il donne le bâton pour se faire battre comme si l'homme sans âge était un premier film. Vous savez, quand un gars n'a pas assez de bouteille, pas assez de talent pour que ses choix risqués deviennent magie. Pensez à Darren Aronofsky et sa fontaine de jouvence (The Fountain, donc) qui se voudrait kubrickienne mais qui, au final, devient une bien belle pub Evian. Initiales D Certes, au gré d'une réincarnation de son amour perdu plutôt bienvenue, le boulot avance mais il coûte trop cher : plus Dominik fait marcher sa matière grise, son génie, en remontant le temps avec sa nouvelle / ancienne femme, plus il la consume jusqu'à l'épuiser à mort. C'est beau comme du Wilde : imaginez un Dorian Gray faisant vieillir ses proches à mesure qu'il rajeunit et vous aurez une idée de la beauté de l'affaire. Un vrai vampire ce Dominik Mattei. Mieux, un vrai remake du Dracula du même FFC : un héros roumain (c'est rare) dont le nom commence par un D, qui a perdu son amour mais qui rajeunit et tombe sur la réincanation de la femme aimée. Et en plus Dominik la vampirise au point de la quitter par amour (si c'est pas génial ça). Une variation sur le même thème à la différence près qu'ici le Dracula de service ne porte pas de robe ridicule et n'attend pas dans son château que le destin lui sourie à nouveau. Cette grosse nuance est liée au projet de Dominik, son oeuvre à parachever qui va le pousser à choisir entre l'amour et la réalisation de son rêve. Dracula était un corps (souvenez-vous : il boit du sang, il est poilu comme un singe, il couche avec tout ce qui bouge), Dominik est un corps doublé d'un cerveau. Avec son histoire d'oeuvre à terminer, on pourrait même dire que le personnage de Dominik est la somme du comte Dracula et de Coppola. Photo : Bram Stoker's Dracula de Francis Ford Coppola Du coup de foudre au coup de coeurL'homme sans âge nous en apprend même beaucoup sur Coppola. Plus précisément sur son rapport au temps. Rappelons-nous que Dracula est avant tout un immortel qui attend pendant des siècles. Dracula est au dessus du temps. Et les Corleone père et fils, De Niro / Pacino qui se croisent et dont les destinées se répondent par la grace d'un montage alterné qui éblouirait le plus blasé à la douzième vision. Plus récemment, Coppopo avait même fait de Robin Williams un jeune qui vieillissait à vitesse grand V (Jack). Au gré de tous ces personnages luttant avec plus ou moins de succès conte le poids des âges se dessine plus qu'un thème, une obsession. L'homme sans âge a beau partir dans tous les sens, il apporte une touche autobio à l'affaire. Mieux, le combat contre le temps du film (et de son réalisateur) est précisément de partir dans tous les sens sans ménager ses arrières. Mi-super héros, mi-Amadeus. Super héros parceque les pouvoirs de Mattei en font l'égal d'un dieu du temps qui va jusqu'à enregistrer ses notes dans une novlangue (une langue du futur) nécessaire puisque le langage n'est plus à mesure de transmettre ses recherches. Avec le Dominik d La grosse angoisse de Dominik/Coppola reste cependant d'être Salieri alors qu'il aurait pu être Mozart. Europe de l'Est oblige, le fantôme du mastodonte formanien plane ainsi tout du long sur cette histoire de génie précoce qui écrit ses recherches avec une plume comme des partitions. Photo : Amadeus de Milos Forman
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