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Les beaux jours avant la guerreIl y a cinquante films dans la première partie des Témoins. L'histoire d'Adrien, amoureux éconduit dont le métier est de réparer les corps mais à qui l'amour physique se refuse. Celle de Sarah, mère écrivain qui n'arrive pas à aimer son bébé et qui décide d'en faire un livre. Celle de Mehdi, flic manipulateur se découvrant bisexuel, celle de Julie, la soeur de Mehdi, cantatrice timide qui vit dans un hôtel de passe. Celle de Mehdi et Sarah, couple mixte refusant la fidélité. Celle de Mehdi et Manu, remakant magnifiquement Broke Evidemment, Les témoins se nourrit aussi des échanges entre ces films possibles. En découle une sensation de liberté assez rare : Téchiné est porté par sa dynamique et réussit tout. Il pourrait nous montrer Béart qui boit du lait pendant dix minutes qu'on en pleurerait. Cette partie du film, Téchiné la nomme "Les beaux jours". Les trajectoires des personnages se nourrissent entre elles avec une arrogante liberté. Photo : Le secret de Brokeback Mountain de Ang Lee Epidémie de témoinsLe sida va faire des protagonistes des témoins. Avec ce que celà implique de distance par rapport aux faits. Ils étaient acteurs de leurs vies, ils en deviendront des observateurs, pas capables de changer le cours des choses. Alors tant qu'à regarder le monde tomber, autant s'en nourrir. Il y a ainsi trois types de témoins dans le film : - Adrien et Sarah dépositaires de la vie de Manu grâce aux cassettes que le petit gars enregistre dans sa descente aux enfers. Ils sont témoins de l'exstence et de la mort de celui qui "n'avait pas prévu de mourir comme çà". Le film se développe ainsi comme une épidémie, du fictif au réel. Créer une épidémie de témoignages pour endiguer l'épidémie du sida, belle idée qui prend forme quand Adrien reçoit une prostituée dans son cabinet afin qu'elle propage les tracts d'information sur la maladie. Et dans une scène renvoyant à l'émission de télé où Clémentine Célarié roula une pelle à un séropositif, Manu, quelques jours avant de mourir, demande à une Sarah alors en panne d'écriture de l'embrasser. Béart s'éxécute et dit, en voix off : " en l'embrassant, j'ai su que je me remettrai à écrire et que je ne m'arrêterai plus". On a transmis la mort à Manu mais Manu transmet la vie à Sarah, lui passe le témoin. La mort de Manu, son calvaire, aura au moins servi à insuffler à nouveau de la vie dans le (toujours aussi chouette) corps de Sarah / Béart. |
La créature du docteurReste Adrien, amoureux de Manu. Alter égo de Téchiné (on notera au passage qu'Adrien est l'anagramme d'André). Adrien voit Manu en plans larges. Comme si le petit jeune permettait au vieux docteur tout blanc de refaire partie du monde. Manu est celui avec qui il est fier de se ballader, sur les quais ou sur une péniche, où il aime le regarder (mais pas le rej Une fois la maladie déclarée, Manu trouve refuge chez Adrien qui s'occupera de lui comme un baron Frankenstein de sa créature. Il le nourrit, il le choie, il le maquille pour ses apparitions publiques. S'occuper d'un corps dont on ne peut pas jouir : voilà le lot d'Adrien. Partagé entre la certitude scientifique que Manu est déjà mort et la volonté de garder celui qui est devenu un mort vivant aimé près de lui. Il y avait le zombie déterré Depardieu qui courrait après son premier amour malgré la mort ("Les temps qui changent"), il y avait cette famille d'égarés qui se réfugiait dans une autre dimension pour échapper à la guerre, voici Manu, monstre qui se meurt d'avoir trop aimé. Et il est bizarre ce monstre : après avoir été un soleil, Manu semble se réincarner en une multitude d'étincelles de vies. De l'énergie pour redémarrer. C'est Adrien qui retombe amoureux alors qu'il avait renoncé. C'est Sarah qui part sur les traces de l'enfant qu'elle a été pour pouvoir trouver une place à son fils. Et qui se remet à écrire. Photo : Frankenstein de James Whale |
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RN |