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Raconté comme ça, l'histoire des Bien-aimés ne fait pas plus envie qu'un épisode de Plus belle la vie. Sauf qu'il y a Christophe Honoré derrière. Et que le film est une comédie musicale. On commence à connaître la chansonChristophe honoré est un mec bizarre. Un type brillant qui tourne vite et qui a su se faire aimer d'une grosse partie de la critique. Un héritier cinéphile de tous les maîtres du ciné français à l'oeuvre sur ce ce qu'on appelait les films du milieu (pas des très gros budgets mais quelques stars qui se déchirent dans une cuisine, ça peut suffire à donner un chef d'oeuvre). Les autres s'agacent de voir ce fan de Démy et Truffaut singer ses modèles un peu trop brillamment et bruyamment pour être autre chose qu'un petit gars de la Femis prétentieux comme pas deux. A Palma, Honoré dérange. On s'agace devant tant d'application, on s'énerve devant le récital du fan parfait de la nouvelle vague, on bougonne devant ce musée truffaldien souvent un peu lourdingue. Mais on finit toujours en larmes et au final, le bonhomme fait partie de la famille. Alors lachons tout de suite le morceau : Les bien aimés est un chef d'œuvre. Un chef d'oeuvre qui se mérite puisqu'il faut d'abord en découdre avec un un premier quart d'heure en forme de SAS de décompression. Dom analysait déjà le phénomène à la sortie des Chansons d'am De vraies montagnes russes : après un travail de reconstitution historique (le Paris des sixties, le Prague du printemps) et cinéphilique qui pèse des tonnes, il faut attendre l'arrivée du réel pour que tout s'inverse, tous s'enclenche et les actions de Kleenex font des bonds. Les chansons d'amour nous faisait déjà subir ce mouvement : passé une première demi-heure ampoulée, un drame surgissait et faisait exister des personnages tête à claque. Louis Garrel passait de la caricature de petit bourge parlant presque en vers et habillé en H&M à un vrai personnage de tragédie. La pâle copie des Parapluies de Cherboug mâtinée de Jules et Jim à Ikéa devenait alors un sublime mélo duquel il était bien difficile de ressortir indemne. Ici c'est pareil : Honoré n'est pas Ozon et quand il s'amuse avec les dieux de la nouvelle vague, il échoue à transformer le kitsch en or. Il faut dire que si le réalisateur de 8 femmes et de Potiche laisse ses films se dérouler dans le monde de ses glorieux aînés, prenant le temps de donner vie à des personnages pouvant être, sous un autre oeil, des statues de cire, Honoré voyage dans le temps et dans les genres. Il part de là-bas pour nous faire opérer un retour sur terre qui fait mal. Honoré excelle donc dans un exercice de gueule de bois cinématographique toujours bouleversant. Ainsi, dans le rôle de Madeleine, Sagnier papillonne lourdement mais il suffit que Deneuve lève un sourcil pour que tout fonctionne. Ce n'est pas juste une question de qualité de jeu d'actrice : le personnage joué par Deneuve profite de la dimension donnée par Sagnier dans l'épisode "tête à claque" pour nous émouvoir. C'est même parcequ'elle a été artificiellement légère que toute la gravité du personnage se livre intensément dans les yeux de Deneuve. Si les films d'Honoré, surtout celui-ci, prennent des allures de fresque, c'est donc pour nous donner le temps de tisser une parenté avec ses personnages. Photos : Les chansons d'amour de Christophe Honoré La survivante et les victimesLe film suit donc d'abord la vie de Madeleine pour se recentrer ensuite sur sa fille Véra et ses déboires amoureux. La première, (Sagnier puis Deneuve), se marie, fait un gosse, puis passera sa vie à se construire en se ménageant des espaces de fuite par rapport à son couple. Le seconde (Mastroianni), fera tout pour vivre une histoire d'amour classique, avec un mec, mais en vain. L'une a tout pour être malheureuse (larguée par son mec au beau milieu d'un pays étranger, mariée avec un gendarme gentil mais chiant, un peu larguée, quoi) mais s'en sort. L'autre pas, alors que to Pendant ce temps, Madeleine survit à tout. Impeccablement interprétée par une Catherine Deneuve de folie (elle est évidemment employée pour jouer aussi son propre rôle), ceux qu'elle aime tombent comme des mouches mais rien ne semble menacer physiquement la belle blonde. Plutôt que la mort, c'est la pétrification qui la menace, quand, Jaromil mort, on lui annonce une autre perte et qu'elle s'isole dans son pavillon de banlieue très chabrolien. Autour de Madeleine et Jaromil, s'aimant à mi-temps d'un amour indestructible, rien ne peut vivre. François Gouriot, son mari gendarme, est là pour assurer la logistique du couple mais il est condamné à regarder passer les trains, et doit vivre dans l'ombre de Jaromil. Il est le mari de service, son amant certes régulier mais juste un client à plein temps. D'ailleurs, il a beau ête joué par Michel Delpech (la classe), le seul chanteur du casting, ce sera le seul protagoniste à ne pas chanter, comme s'il avait été castré. Photos : La demoiselle d'honneur de Claude Chabrol Oui ma fille, tu iras danserDans Les bien-aimés, les personnages chantent pour se donner l'illusion du romanesque. Quand la musique s'arrête, tout est plus compliqué. Il en va ainsi de Ludivine Sagnier, chantant le plaisir de se prostituer ou l'échec programmé de son couple avec Jaromil. Ca rigole bien mais un quart d'heure plus tard, elle verra son mari dans le lit d'une autre, obligée de chanter en pleurant une chanson faisant d'elle une victime apatride de la froideur de Prague. Ca marche aussi avec la génération suivante. Plus tard, Véra fera ainsi un duo avec Henderson comme pour se donner l'illusion d'être un vrai couple. On est donc loin des Parapluies de Cherbourg où la chanson faisait directement avancer l'histoire. Si le chef d'oeuvre de Demy était littéralement en chanté, Les bien-aimés serait plutôt déchanté, nous faisant entendre la musique intérieure de personnages luttant à diverses époques mais pas à armes égales. Véra est symptomatique de ce traitement. Elle est celle qui, en chantant avec son bien-aimé, s'y croit tellement que des projecteurs viennent se la péter Broadway. Les dialogues suivant ses chansons se charge Mal aimée de celui qu'elle aime, Véra s'étiole. Comme Clément et Michel Delpech (presque le même personnage à deux époques, la version âgée survivant par la résignation), tous deux cloitrés à la porte de celles qu'ils aiment. Mais les deux gars se résignent alors que la belle Chiara est victime de cette emprise exercée par le premier grand amour : impossible de s'y soustraire sauf à faire, pour un bien-aîmé, des légions de mal-aîmés autour de soi. Deneuve connaît la chanson par coeur, déjà victime de la chose dans Les temps qui changent, un Téchiné récent et injustement oublié. Depardieu, premier amant de la dame, venait y jouer les esprits frappeurs, réduisant les malheureux mari et femme de ce couple mythique à de la figuration. Photos : Les temps qui changent de André Téchiné
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