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C'est pourtant oublier les penchants du jeune chacha pour les masques. Son cinéma joue des apparences pour précipiter personnages comme spectateurs dans les miroirs aux alouettes. Faites l'expérience, penchez votre nez un peu plus près de la rédemption finale. Vous sentez ? Le dernier plan se ferme lumineux mais un foutu nappage nauséabond s'enroule autour du happy end. Happy end ? Sale neige sur SardentRespirez les intentions du parisien. L'atmosphère sonne trouble avec sa douce condescendance envers les habitants du village. Première scène, le garçon descend du bus, tout le monde court après l'enfant prodige mais sa tête semble ailleurs, toute occupée à scruter le beau Serge dans le plan. Un Serge fuyant le cadre, clandestin, hors film. Un corps difficile à cerner. En fuite permanente. L'intégrer dans la narration signifie lui faire perdre son absurde mouvement (tourner en rond en camion). Les yeux de François l'emprisonnent. Le figent dans une ultime séquence rédemptrice, une autre prison. D'autres belles ambiguïtés inoculent le film. Par exemple François visite la rue principale comme un chez lui ancien, avec un instinct propriétaire franchement puant. Chabrol sème le trouble en chahutant le dandy dans une pauvre pension avec ses autochtones et son merveilleux petit déjeuner au vin, secret fraîcheur hautement recommandé par Richi. La situation vire au french western avec un ex cow boy endimanché et mal emmanché. François se la pète, lave plus blanc, inquiète son monde qui le lui rend bien. Petit à petit, l'inertie campagnarde fait rempart contre les prétentions hygiénistes du dandy. Le redresseur de tords n'est pas le bienvenue. Son essorage pas si propre. La campagne pas si ravagée. Cette guerre souterraine des perversités insuffle une fine neige de doutes sur le spectateur encore surpris par la violence du dénouement final. Serge est il réellement ok pour un nouveau départ? Comment porter son nouveau costume ? Va-t-il s'abonner aux alcooliques anonymes et assumer sa probable attirance pour les garçons en ouvrant un club gay à Sardent? Cette résurrection suffit elle pour remettre les compteurs à zéro? Faut il croire au Destop ? Et là, d'un coup, la question qui tue. peut-on croire, tout simplement ? Très vite, Chabrol évapore les dernières odeurs d'encens sur les ruines du Beau Serge avec son second film, Les Cousins (1959). Soit la plongée étouffante dans une histoire parisienne, sans église à l'horizon mais un appartement capital, surchargé de bibelots précieux et soldats de plomb. La bataille est ouverte. Franche. Frontale. |
Cette fois, Paul (encore Brialy) développe une machine de guerre pour détruire le jeune et naïf Charles (toujours Blain). Aucune justice divine à l'horizon. Les personnages évoluent dans un monde cynique, totalement désenchanté, parfaitement immoral. Le cinéaste filme des vies pataugées dans un univers à la Dallas, sans même une Sour Emmanuelle pour ramener la bonne parole définitivement éteinte. En deux films, chacha passe du bénitier brisé au monde tel quel. C'est-à-dire sans illusion. Un jeu humain, trop humain, dans lequel les règles fonctionnent pour elles-mêmes, sans horizon divin, juste la chamaillerie ou pire, la boucherie. C'est aussi ainsi que les hommes vivent. Un petit théâtre sans au-delà, si ce n'est sa propre mise en scène visible à l'oil nu. Ni dieu, ni prêtreLe cinéaste se débarrasse de ses champignons hallucinogènes en deux films. Rien que ça. Ca sent la bonne blague balancée en cours de récré dans une école privée par un garnement à lunettes plus tout à fait à sa place parmi les bondieuseries. Dieu est mort ! Ben tiens ! Et ça fait rire tout le monde ! Chabrol en premier, bien Cette hauteur d'homme se traduit par des choix de mise en scène. Chacha délègue le dispositif à un personnage un tantinet démiurge (Brialy). Le héros manipule avec plus ou moins de réussite son petit monde. Une première fois dans le village (Le beau Serge), une seconde fois sur son propre terrain, c'est-à-dire un studio parisien (Les Cousins). Cette vocation à diriger "son univers" n'est pas tant une parabole déifiée du réalisateur, on s'en fout, mais une passation de pouvoir entre un dieu soudain évacué par la blague et des personnages livrés à eux-mêmes. Les héros de démerdent pour mener leurs barques sans grande main invisible pour diriger l'univers. Ben oui, une fois la métaphysique asséchée et les bibles en tous genres balancées à la corbeille, place à la fiction sous toutes ses formes avec ses héros terrestres. Place au roman, en passant par les genres et sous genres comme le polar, la comédie ou le fantastique. Autant dire, milles scènes pour déployer une comédie humaine toujours à l'ouvre dans son cinéma. Photo : Les cousins de Claude Chabrol |
Humain, trop humainLe passage du beau Serge aux Cousins dessine une géographie filmique super excitante. A l'écran, aucun diable mais des monstres (Le boucher). Pas de dieux, mais des héroïnes (La Rupture). Pas de super héros, mais des êtres têtus (L'ivresse du pouvoir). De l'humain dans une mécanique carnassière avec les tireurs de ficelles et les victimes. Un carnaval carnivore sans au-delà réparateur, sans promesse rédemptrice, nada. Nous sommes très loin du schéma, tout aussi passionnant, des frères Farelly par exemple. C'est-à-dire, prendre des êtres fantastiques comme point de départ, et par un incroyable travail du regard, les voir humain. après tout. L'Amour extra-large, dans le style, atteint un sommet avec sa problématique obscène et géniale: comment bander pour des boudins obèses ? Le film impose un véritable miracle, soit la métamorphose complète de notre point de vue avec, dans un premier temps, quelques effets de montage pour subvertir les corps gras en bombes sexuelles, puis administrer lentement une vision réelle des « corps monstres » sans perdre le charme de l'attirance. Rendre beau la laideur. A force de regarder ces personnages hors normes, finir par les trouver sublimes. Projet partagé avec Marcel Duchamp quand il exposait des objets à priori banals, voir laids, dans un musée (son célèbre urinoir). Sommet de la modernité, regarder signifie rendre beau. Autrement dit, une forme de rédemption. |
Bienvenue en ChabrolieAvec ses deux premiers films, Chabrol choisit un autre braquet. Le zozo n'est pas un moderne. Le projet se niche ailleurs. Nous sommes plus dans une exploration. Presque une étude scientifique. Une analyse. Un dépeçage. Regarder les êtres conduit le spectateur vers la complexité, les contradictions, les bonnes ou mauvaises surprises. S'agit de dévoiler, mettre à plat, déplier les personnages et situations parfois monstrueuses. Si le doute sur les apparences est partagé avec les frères Farelly, l'approche refuse l'embellie ou la noirceur et souvent la recherche d'une forme de vérité. Quand un gentleman est un assassin, s'agit vraiment d'un assassin aux allures gentleman. Cette frontalité génère souvent de la cruauté. Peu de place pour une éventuelle rédemption. Dans ces On pourrait dire, entrer en Chabrolie passe nécessairement par cette porte à deux colonnes : le Beau Serge + Les Cousins. Des oeuvres indissociables qui imposent d'emblée une construction dépassant le one shot. Une invitation à regarder par-dessus film. Une manière de dire, les zozos, allez, au boulot ! Cette porte ouvre la voie d'un monde à la fois perdu (les grandes illusions) et ouvre la danse des milles voiles. C'est à dire des personnages pris par leur propre jeu, livrés à eux-mêmes avec une invraisemblable franchise. Probablement une définition possible de la sincérité au cinéma. Photo : L'amour extra-large de Peter et Bobby Farelly |
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DS |