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Voir du mélo partout est certainement une fâcheuse manie qui cherche, cachée derrière un genre, à mettre de la profondeur et du lyrique là où parfois pataugent des abîmes de perplexités. N'empêche, comment oublier ce film produit par les années 80, perçu à l'époque comme une pompe à fric (première grosse production du seigneur canadien) et vendu comme remake ultra contemporain d'un classique de l'horreur 50's, c'est à dire une histoire d'amour impossible entre une belle un peu godiche (Gena Davis aux bouclettes définitivement ridicules) et une bête en métamorphose, rongée par la mort, la maladie, en conscience d'agonie aiguë, partie pour les limbes de l'enfer et en perpétuelle transformation homme - insecte - machine avec issue forcément fatale. Cronenberg s'intéresse depuis belle lurette aux mutations et son cortège de fétichisme sensuel sûrement, morbide certainement (les deux vont bien ensemble non ?). Seulement, avec The fly, moment charnière dans sa filmo car le fantastique s'éloigne pour affirmer plus fort encore sa tentation matérialiste, tout est montré à l'écran sans convoquer l'extraordinaire. Le métabolisme du héros, au départ quasi puceau, se transforme vite puissance sexuelle brute (revoir l'expérience gymnique du nouveau converti à l'insectologie sous le regard humide de sa nouvelle copine qui n'en demandait pas tant), et lui fait dire de grandes théories sur l'homme fort, purifié, décoincé. jusqu'au grotesque, jusqu'à la terreur. Il devient imbuvable comme son café trop sucré. L'apothéose se transforme en drogue dangereuse. attention à la chute. Comme le héros de Dead Zone, les jumeaux dans Faux semblants ou les personnages de Crash, l'homme-insecte traverse une zone de surpuissance, jouis et termine maladivement surdoué dans un foutre sacrificiel, non sans ironie mélodramatique. Le spectateur aime ça. Nous sommes aussi d'étranges créatures. Le mélo est d'abord une tragédie. La belle sécheresse, ou plutôt la retenue de Cronenberg donne à ses personnages des allures de figures. Une distance toute théâtrale. André S. Labarthes parle de verbe devenue chair. ou l'inverse. L'incarnation au sens propre du mot. Ajoutons le flottement du sens par bonheur complexe, contradictoire, ambigu. Nous nous questionnons en permanence (Grumberg encore.). Ce personnage est-il un voyant génial ou un fou terroriste? Ce savant est il un premier de la classe timide ou une bête de sexe ? La gynécologie est elle une pratique échangiste ? Piochez la carte opéra. une femme vit 330 ans, c'est à dire le temps nécessaire pour devenir la plus grande cantatrice du monde (L'affaire Macropoulos de Janaceck). Rattrapée par le temps et les vivants. ses allures de sur-femme s'effondrent dans une fin douloureuse. son pouvoir d'immortalité devient une abomination pour elle et les autres. Autre carte sur la scène, Faust naturellement. Hollywood sous haute influence wagn Filons maintenant vers le très beau et oublié Etat second de Peter Weir. Un magnifique montage parallèle de 2h00, le temps d'un avion en chute libre et les déboires de l'unique rescapé du crash (Jeff Bridges), devenu soudainement sûr de lui, n'ayant plus peur de la mort, bravant tous les dangers dans un déni de réalité romanesque, jouissif et effrayant. Le film flirte avec les super héros, transpire par procuration force et plaisir (m'en fout la mort) et pose son traquenard peu avant le générique de fin. Don't stop ! Don't stop ! Don't stop hurle le garçon. L'avion tombe, les passagers vivent leurs dernières minutes en toute conscience. Max Klein regarde un enfant effrayé dans la cabine. Se lève. S'installe à côté de lui. Lui prends la main. Chuchote à l'oreille : "tu vas vivre le plus beau moment de ta vie". La musique de Gorecki convoque le métaphysique dans cette scène lyrique. Trouver l'apaisement au pire moment, voir la force de vivre quand plus rien ne tient. L'instant est merveilleux. Les conséquences troublantes et ambiguës. The fly reprends ce schéma en mêlant au même moment maladie et jouissance. La mort dans la force. Pointe les dérives idéologiques possibles (sur - homme / sous - homme). Cronenberg offre une expérience sensuelle entre vie et mort, au trouble certains. Hommage à Peter Weir : voir la vidéo de Bright Eyes, At the bottom of everything divinement inspirée, subtilement interprétée par Terence Stamp. Photo : Etat second de Peter Weir |
DS |