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Comme le chat, Ridley a plusieurs viesThelma et sa copine Louise redressent la barre mais tout de suite après, patatras, voilà Christophe Collomb, un film qui pèse dix tonnes, avec sa musique pourrave (Vangelis). Le fan biberoné à Starfix et Mad Movies, gêné de voir l'une de ses idoles sombrer, en vient à se poser la question qui tue : Et si Ridley Scott était devenu un Yes-man, c'est à dire un artisan styliste servile à la solde des grosses commandes de son studio ? Et si Alien et Blade Runner étaient des miracles dans la carrière d'un tâcheron ? Et puis, en revoyant Ripley en culotte et Harrison Ford sous la pluie, on se dit que non, c'est pas possible, Ridley va revenir. Ou bien peut-être qu'on n'a rien compris à tous ces films mesestimés. Oui mais Lame de fond puis G.I. Jane. Surtout qu'on assiste à un phénomène unique : pendant que RIdley Scott sombre, son frère Tony commence à devenir un vrai putain de réalisateur. Man on fire arrivera plus tard mais L'un coule, l'autre s'éveille. Mieux qu'une pub pour de la flotte, les sinusoïdes des carrières des frères Scott se croisent. C'est comme si Spielberg faisait des nanars et Arcady des chefs d'oeuvre. Surprise : c'est au moment où on le croyait perdu que Ridley montre qu'il est le frère aîné, en ressortant du cimetière un genre mort de chez mort : le peplum. Et, accessoirement, en faisant enfin un bon film. Gladiator cartonne grave, remettant la juppette masculine à la mode, imposant une nouvelle star, Russel Crowe et replace Ridley sur la A-list des studios. La résurrection est même couronnée par les oscars du meilleur film et du meilleur acteur, dis donc. Le geek, heureux pour l'idole de son enfance, fait un peu la gueule parceque bon, quand on a fait Alien et Blade Runner, être reconnu pour Gladiator, c'est un peu étrange. Mais tant mieux pour le miraculé. Et malgré sa tendance à peser trois tonnes et à forcer le trait sur la stylisation, Gladiator reste un super film, gonflé et âpre Photo : Ennemi d'Etat de Tony Scott Comme le chat, Ridley à un caractère de merde et est très rancunier Eh ben voilà, Scott est redevenu le grand réal qu'il était. Le succès de Gladiator a même fait de lui un type plus respecté qu'après ses deux c Bon, on pensait avoir retrouvé un auteur en pleine possession de ses énormes moyens mais après tout, accepter une séquelle, c'est une marque de modestie. Surtout que le film original, de Johnathan Demme, était un sacré bout de pelloche, comparable, de par sa carrière, à Gladiator (succès public, succès critique, oscars à la pelle et une aptitude à (re)lancer un genre, ici le film de serial killer). L'excitation fera vite place, une fois le film vu, à de la gêne, tant le fan des débuts, celui qui a mis au dessus de son lit un poster de Rutger Hauer en réplicant, aura un peu de mal à comprendre la tendance scottienne à basculer dans le gros Z à mesure qu'Anthony Hopkins lève le sourcil. Parcequ'Hannibal est un drôle de film, un truc insaisissable, difficile à définir à chaque visionnage. Nanar ? Chef d'oeuvre de mauvais goût ? Hommage aux séries B rital ? Continuation de l'oeuvre de Demme ? Tout ce qu'on peut dire, c'est que c'est trash et que ça ne va pas là où on l'attend. Message de Ridley Scott à tous les spectateurs de la terre, principalement ceux qui voudraient comprendre quelque chose à sa carrière : allez vous faire foutre. Au moins, pour les fans de la première heure, les choses commencent à être claires : Scott veut qu'on le suive du coin de l'oeil. Surtout ne rien attendre de ce drôle de zozo. Comme s'il faisait des films immédatement décevants et faits pour être revus plutôt que vus. Ce sera d'ailleurs le cas de cet Hannibal très Z à la première vision, prenant de l'étrangeté et donc de la valeur à chaque revoyure. Photo : Hannibal de Ridley Scott Comme le chat, Ridley n'en fait vraiment qu'à sa têteUn film sur les croisades ? T'es sûr, Ridley ? Pas la peine de chercher dans Imdb, le projet est vraiment tombé à l'eau et même si le réalisateur et l'acteur réactivent quelquefois le mythe en sussurrant qu'ils aimeraient bien, finalement, relancer prochainement l'affaire, on a à peu près autant de chances de voir le film que de passer des vacances agréables avec Xavier Bertrand. Evidemment, Ridley n'est pas trop gêné par l'idée de reprendre ce qui est devenu un fantasme de fan du genre. De son côté, après avoir décroché ses posters de Blade Runner durant les déconvenues scottiennes des nineties, le geek ne peut s'empêcher de flipper un grand coup : et si le réalisateur si inconstant de Gladiator allait massacrer le sujet le plus bandant du siècle ? En même temps, on s'était dit de ne plus rien attendre de Scott. Photo : Crusade de Paul Verhoeven (affiche de préproduction) Comme le chat, Ridley retombe toujours sur ses pattes même si tu le balances du quatrième Allez savoir pourquoi, mais, pour illustrer les combats de tous ces gugusses en armure pour contrôler Jérusalem, Scott a choisi de faire un film classique. Fini le clippesque et vive le plan large. L'histoire se met au diapason, avec son héros iconique en diable, en forme de pe Casting pépère (Orlandon Bloom dans le rôle de Balian, Liam Neeson dans son rôle habituel de père-mentor, Jeremy Irons dans le rôle du type bien, Brendan Gleeson dans le rôle du salaud) mais solide, on se dit que tout celà va ronfler comme Depardieu en Christophe Collomb et qu'on va se taper une resucée de Gladiator sans les juppetes mais avec les armures. Grossière erreur : Scott, tout content, on l'imagine, de se jouer du spectateur, réalise l'anti-Gladiator. Un blockbuster intimiste puisque les scènes d'action (qui déchirent, au passage), indispensable puisqu'on cause de batailles armées, importent moins que les dialogues. Celle là, on nous la fait souvent en déclaration d'intention pour justifier l'ennui d'un film ou se la péter intello : point de tout ça ici. Disons juste, pour planter le décor, que Scott se permettra, par exemple, de passer, l'espace d'une scène, des préparatifs de la bataille au champ de cadavre laissé par celle-ci. Traiter la bataille en ellipse permet à Scott d'éviter de faire un sous-Bravehart et de se recentrer sur le propos : La guerre rend fou, surtout lorsqu'il s'agit de Jerusalem. La ville sainte, centre névralgique du monde, semble jouer le rôle d'un gros aimant faisant péter les cerveaux de tous ceux qui la convoitent. L'occasion, pour Scott, de créer un zozo unique en la personne de Saladin. Comme Balian, Scott, engoncé dans sa lourde armure (le poids étant le principal défaut reproché aux films de Scott, faisant de lui un Oliver Stone de l'action), semble enfin réaliser le kif de la pesanteur et assumer ses tendances surpondérales. Dans Kingdom of heaven, tout semble ici lourd à porter, à commencer par la foi des personnages. Balian finira d'ailleurs en chemisette, comme pour se libérer de ses si lourds atours. A la vision du film, on constate que Ridley Scott est donc pleinement conscient de son problème avec le pèse personne. La bonne nouvelle, c'est qu'il ne compte pas se soigner. Photo : Alien, le huitième passager de Ridley Scott
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