Le prix à payer
Faut-il encore que Kiki accepte sa condition de femme et de sorcière, et c'est justement le but de son apprentissage parmi les habitants de la ville.
Elle rencontrera ainsi un garçon. L'amant / frère typique des films de Miyazaki.
Le mec est fan de tout ce qui vole. Pas étonnant qu'il tombe amoureux de la petite.
Belle idée : il la drague en essayant de voler avec une machine de son cru.
Ca se finit en chute mais Kiki craque et doit choisir. C'est le dilemme de Peter Parker : être un homme heureux ou un super-héros frustré ?
Comme l'araignée boutonneuse, Kiki va donc passer par une période de perte de ses pouvoirs. Elle ne peut plus voler, elle ne peut plus parler à son chat.
Ce qui la sauve : l'urgence. La peur de perdre un être cher : le garçon va tomber d'un dirigeable. Il va mourir si Kiki ne vole pas.
Et ça repart. Elle arrive à nouveau à voler, in extremis.
C'était ça : arriver à concilier sa vie de femme et ses obligations de sorcière.
Assumer ses sentiments et sa différence. Réfléchir à sa condition.
Dans sa période de doute, Kiki dira même à la fille des bois "Je n'avais jamais réfléchi à ma condition de sorcière", achevant de transformer une prétendue bluette pour gamins en chef d'oeuvre féministe.
A la fin du film, alors que tout est a priori rentré dans l'ordre, le chat envoie des miaulement à Kiki. Elle ne le comprend plus. C'était donc ça, le prix à payer pour être une femme et une sorcière.
Photo : Spiderman 2 de Sam Raimi
Amorcer la pompe à magie
Kiki, c'est l'intrusion du merveilleux dans le quotidien, à l'inverse du Voyage de Chihiro dans lequel une petite fille normale déboulait dans un monde merveilleux.
Une bonne occasion de voir comment Miyazaki fait naître le merveilleux.
Et justement, il est beaucoup question de débuts, de naissance, dans ce film. D'abord Kiki est une apprentie sorcière qui maîtrise mal ses pouvoirs. Ainsi, les (extraordinaires) scènes de vol nous montrent que le merveilleux est fragile, précieux et beau : la robe de Kiki qui se transforme en voile de bateau, le vent qui souffle, et enfin le balai qui s'élève, mais par à-coups, comme les toussotements d'un moteur d'avion (Miyazaki est fou d'aviation, cf tous ses films et surtout Porco Rosso).
De même, les doutes de Kiki et la perte puis le recouvrement de ses pouvoirs nous présentent le merveilleux comme une pompe difficile à amorcer. Ici point d'usine négrière (Chihiro) ou de mécanisme fait de bric et de broc (Le château ambulant) pour alimenter une machine à magie : juste le besoin de s'affirmer dans un monde profane.
Le film en général ne semble d'ailleurs nous raconter que des débuts d'histoire : le début de l'histoire d'amour et d'amitié avec le jeune homme, le début de la vie de chat de Jiji (qui emballe au passage une petite chatte super canon), enfin la présence de la boulangère enceinte renforce cette idée que tout va commencer. |