![]() |
|||||
Un euphémisme plif, plaf, plouf dans le black out. On pense évidement au détective privé d'amour. Au déglingué plongé dans le sordide. Aux Ratatouilles de l'âme, sans recette et gagnés par la perte de goût. Une figure à la Bogart, nécessairement épuisé, perdu dans les rues d'un improbable enfer sans ligne d'horizon. Droit comme DexterParmi les nouvelles apnées dans le noir, on applaudit le bon vieux Dexter. Un flic perdu dans la colorée Miami, ville des morts où mêmes les squelettes ne dansent plus. Une série en villégiature où la contemplation morbide des Derrière les giclures sanglantes de Jackson Pollock, on croise les cadavres incarnant des œuvres meurtrières, une exhibition ou même une installation arty. C'est comme le générique, tellement proche du pornographique. C'est-à-dire un regard porté sur un objet (ou un corps) véritablement impossible dans le réel. Du gros plan sur des trucs courant comme se raser, découper une tranche, faire ses lacets… pour toucher des yeux l'obscénité. D'une certaine manière, Dexter croise sans cesse les points de vue, pense, réfléchit, se demande comment faire avec son éducation. Car si le zozo bute les tueurs en série la nuit, joue au bon flic le jour, c'est bien par éducation chantant une vieille histoire de pulsions à canaliser. Son papa lui enseigne le meurtre comme d'autres le base ball. En gros, de quoi retourner la peau d'un quotidien sur joué, sentir le désenchantement permanent et faire avec sa « nature » construite. Richi dans son pull en mousseline Sonia Rykiel pousse même la série vers une perception extra terrestre de la rumeur du monde. Merci Sonia… Bref, Dexter enquête le jour, bute les tordus la nuit. Entre deux fascinations macabres, le zozo fabrique son introspection. Le chemin semble tortueux comme l'UMP un soir de défaite électorale. Car avoir tout faux, en chier vraiment, signifie vouloir redresser le monde vécu comme insupportable. Tordre l'extérieur à son goût pour un peu moins de dégoût. Le flic psychopathe et sexy cherche un salut solitaire dans une réparation ravagée de sa ville. Il tend vers une justice, une morale, une équité en niquant tout sur son passage. Un problème de méthode. Une manière forte où les frontières entre bas fonds et curage général s'estompent. On entre en zone trouble et pour chaque spectateur, une étrange expérience avec le doute chevillé à l'action. Toute cette violence "vigilante", est ce bien raisonnable ? Photo : Dexter, série créée par James Manos Jr Mad comme GibMaintenant, prenez Thomas Craven et son nom à fumer des clopes sur la moquette. Le mec récupère sa fille étudiante pour quelques jours de vacances. Elle est jeune, jolie, pas conne, mais surtout se fait atrocement buter sur le perron paternel. Commence alors la grande dégringolade vengeresse pour papa flic. Qui a tué sa gamine ? Qui a niqué son ultime lien avec les vivants ? C'est quoi cette histoire de double vie, hein ? Sa fille n'est pas une sainte ? Oups… Depuis Mad Max, un truc colle à la peau de Mel Gisbon. Un proverbe à la con, genre "qui aime bien châtie bien". Car au départ, on trouve souve On a l'habitude maintenant. Mel incarne des personnages saignant son monde pour guérir le mal. Faut faire le ménage, buter ce qui file de travers, réparer en niquant tout. Le châtiment colle au corps du bonhomme. Une approche super physique, peut-être même christique. Faut que ça saigne, avec couronne et épines. Les giclures éclaboussent Mel. Ca laisse des traces. C'est sa croix. Son karcher. Et putain, ça fait mal ! Après sa sanglante réalisation catho trash (La Passion du Christ) et un goût certain pour la culpabilité ravagée (Apocalypto), le garçon cumule les incidents en tous genres dans la vraie vie. Comme Dexter, le trouble entre la vie sociale et la nuit produit un corps monstre à la chaine. D'une certaine manière, la filmo rattrape le zozo un peu trop nervous. En gros, les dérapages homophobes, ultra conservateurs, antisémites, sa course à la désintox énervent. Et c'est difficile pour les associations familiales américaines. Trop con, elles tenaient leur Jean Delannoy hollywoodien - the spécialiste français des biopics Sainte Bernadette à la naphtaline - et puis l'hyper violence. Mel est hors de contrôle. Résultat, l'acteur donne le change. File du pognon aux assos humanitaires, demande pardon à qui veut l'entendre, souhaite produire Michael Moore puis se rétracte, dément les accusations multiples et prend une bouteille de gin avant la cure. Ca fait désordre. C'est Dexter. Photo : Apocalypto de Mel Gibson Dark comme BatmanThomas Craven, Dexter et Batman jouent une même symphonie super héroïque. Un air immense et pourtant sans super pouvoir, sans yeux laser, ni oreilles sans fil. Les mecs palpitent le sang, na Trop humains, capables de monstruosité, les super héros sans pouvoir restent cloués au sol. Ca implique une vie banale comme s'habiller chaque matin, partir bosser le nœud dans le ventre, faire son manager, son enquêteur ou son dépressif de service. Ca donne un chef d'entreprise mais de démolition, un flic mais aux méthodes peu orthodoxes ou encore un amateur d'art mais exclusivement mortifère. Des zozos tellement humains dans leur psychose, faut vite acheter du matos chez Mr Bricolage pour donner le change. Compenser. Se faire plus fort. C'est justement promo sur les fusils à pompe, un outillage de tortures ou encore une panoplie en téflon. Rien de surnaturel là, beaucoup d'accessoires pour exister, pour jouer au Superman terrien. Photo : The Dark Knight de Christopher Nolan Psychose en sérieFaire son Icare sous cape n'est pas évident. En général, on se casse la gueule. Surtout si l'énergie pour imposer sa propre justice se nourrit dans un terreau psychotique. Voilà des garçons monstres, à double vies, convenables le jour et terrifiants la nuit. Une nuance avec Gibson, le roi du borderline refuse l'étanchéité entre les deux facettes. Craven fait même le grand saut entre le social et la violence nocturne, le jour et la nuit, la vie et la mort… c'est carrément le souk machine. Du coup, ça saigne encore plus, ça frappe, étrangle, use du corps à corps pour rétablir son ordre moral. Pour tous, le rapport physique se paie au prix fort, avec les taches rouges sur la cape noire, les bâches en plastiques sur les lieux du crime ou les giclures sur la tronche. Manque la scène du lavomatic pour nettoyer les sapes après la bataille. Un truc génialement filmé par Sam Raimi avec Spiderman. C'est dark, c'est monstre, c'est psycho, c'est humain, ça tache. Ces corps sont déchirés entre une vieille image douloureuse (un flash back traumatique) et une justice idéale à mettre en œuvre (une réparation non prise en charge par une société généralement perçue comme incompétente). Au milieu, encore et toujours de putains de corps à éliminer. Du sang sur les mains. On ne relie jamais le point A et le point B, raconte un protagoniste dans Hors de contrôle. C'est toute la difficulté à établir des raccords entre les démons intérieurs et une soif de justice sauvage. Ou comment maintenir un idéal d'harmonie dans une dissonance permanente. Une symphonie héroïque jouée en permanence sur des instruments mal accordés. Et la musique tragique, venue tout droit des entrailles ne s'arrête jamais… Ces points restent impossibles à relier. La narration s'articule dans une histoire sans fin. Elle forme une boucle, comme les mecs n'en terminent jamais avec leur nombril blessé. C'est pourquoi ces histoires se déclinent naturellement sous forme d'épisodes. Hors de contrôle n'échappe pas à la règle. Le film puise dans une production anglaise, made in BBC, échouée sur un dernier épisode signant la disparition du héros. Voilà du véritable feuilleton noir. Loin d'un Superman surexposé, lumineux, bébé cadum, tout propre. A chaque numéro, la douleur se réactive. Les réponses n'atteignent jamais leur but. Aussi bien l'élimination du mal comme la réparation d'une blessure intime. C'est serial psychose. L'histoire d'une pulsion surgie d'un lointain passé, cherchant un "domaine ou juridiction" (dixit Craven) pour se réaliser dans la barbarie plus ou moins sophistiquée. Un truc hors de contrôle dans les mains tragiques d'humains perdus, cherchant dans le sang un peu de lumière.
DS |