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- Soderbergh tourne trop Vite vu, ça donne un côté "jet-set-je-fais-du-fric" avec les brillants Ocean's 11, 12… contre un versant "branleur-pseudo-conceptuel" avec Schizopolis, Bubble ou sa Girlfriend Experience, cautions morales gauchisantes à la production modeste, rapide, rentre dedans. Déjà, quelques zozos s'énervent à la recherche d'un point d'équilibre. Mais ça empire quand les pistes se brouillent un peu plus. C'est-à-dire, opter pour une méga production en filmant le Che dans les sous bois et un budget fauché pour raconter les émois Dans le fond, la radicalité ambivalente de Soderbergh semble souvent comprise comme une attitude condescendante envers le cinéma. Et ça, c'est vraiment dommage. Pendant ce temps là, le pépère tourne et Chelsea raconte son histoire à un journaliste insistant. La jeune femme hyper glacée, top sexy, fringuée dans les boutiques qui le font, baise tarifé avec des mecs aux portefeuilles comblés. Plusieurs formules au choix : une soirée, une nuit ou un week end pour bénéficier d'une escorte vers le padoque. Quand le taf est terminé, Chelsea rentre chez elle et retrouve son mec, un peu coach sur les bords. Ca discute boulot devant un plat de nouilles énergisantes, tout va bien question banque, la cuisine est nettoyée mais leurs corps à corps comptables semblent insondablement désincarnés. L'ennui lisse le moral du couple à la winne et puis voilà, la surprise sur le coin de la tronche. Un client, légèrement pas comme les autres, trouble la miss. Un truc passe surtout dans sa tête et peut-être bien dans son cœur. Rien de sûr, ni pour elle et encore moins pour les spectateurs. On s'emballe comme dans un vieux long métrage italien avec presque des sentiments et puis quoi… pourquoi tout quitter, suivre le client et faire du hors piste ? Photo : Che - 2ème partie : Guerilla de Steven Soderbergh Don de soiGirlfriend Experience ne planque pas son ironie sous le tapis. La démonstration évacue la science pour prendre le mot "expérience" associé à "shopping" et faire slogan dans les boutiques chics. Une "expérience shopping" donc, c'est-à-dire un bain glacé, momentanément décollé du monde mais vite bouffé par le pragmatisme, la transparence, la stratégie, l'épuisement du glam. La parenthèse fascine mais fonctionne sur une courte durée. A vouloir maintenir l'affaire jusqu'à l'épuisement, aucune rupture ne rythme la vie de Chelsea. C'est la toujours même chanson entre les mecs, les boutiques, ses relevés bancaires et chez elle. Son corps trempe en permanence dans un jus vernis, friqué, et là c'est plus inattendu, cousin aux atmosphères Ocean's 11, 12 et 13. Bien sûr, c'est pas Las Vegas mais la sensation reste la même. Une dépense d'énergie, des corps, des actes - faut donner de soi - pour maintenir un niveau de vie ou tout simplement sa propre existence dans un Koh-Lanta abreuvé par les dollars. Mais attention, Soderbergh suit pas à pas Chelsea, jusqu'à liquider le moindre jeu, drôlerie, humour, distance. L'escort girl fait la gueule sous ses lunettes Gucci, en plus elle s'emmerde sous son blindage. Soit l'inverse exact de la série gagnante avec Georges Clooney. Car sous le soleil, les zozos se marrent un bon coup. Courir derrière le pognon signifie faire un casse et niquer le ca Chelsea ne joue pas. Aucune distance avec son job sauf une posture pro sans humour. La tristesse dégouline bien là. L'expérience shopping vire au grisou. Elle ne veut surtout rien changer, mais semble prête à beaucoup pour maintenir le cap. D'une certaine manière, la peur travaille son corps. La pétrification l'enrobe mousseline. Du coup, Soderbergh jouent l'aplat. Tout est raccord entre l'attitude du personnage, les fringues, l'environnement. L'image pousse même le bouchon à soigner une lumière (magnifique) papier glacé. Du Grazia animé. Tout tient sur une tension contradictoire : chic et trash mondial. Entre deux pubs pouet pouet, voir comment les pauvres ramassent sur terre. La double détente, glam et merde, tire l'affaire vers un foutu dégrisement. Pourtant, Girlfriend Experience travaille quelques respirations et jette le trouble par plusieurs légères perturbations, toutes extérieures à la jeune femme. D'abord une conversation approfondie dans un bar avec un journaliste appelle d'autres commentaires vers lesquels ne souhaite pas glisser la jeune femme. Soudain, apparaît du caché, une résistance, un doute. La mise en scène, faussement transparente, butte sur un mystère, un malaise, un non dit relaté en fin de parcours. Autre diversion, la rue synchrone avec la musique et un zozo derrière une batterie pour amuser la galerie. On lui donne la pièce mais le son de la rue identique au rythme d'un cœur hyper tendu fait écho à la raideur désespérée de Chelsea. Plus la miss joue pro et détachée, plus le battement de la ville s'accélère. Le contre Pretty Woman / Erin Brockovich est dans la place sonore et lumineuse. Le pitch trouve sa forme définitive : une déesse vend ses charmes et tente une sortie avec un mec friqué, c'est l'accident. La Soderbergh Experience reprend une vieille belle lune et l'inverse. Photo : Couverture de Grazia - édition italienne Pas de boudin pour BourdinUne jeune femme maintient son cadre de vie, même vidé de sa substance, à tout prix. La mise en scène injecte des petites touches de réel dans le beau bazar. Les fissures ouvrent une voie de garage et on reste là, comme des cons, à regarder un corps effondré de l'intérieur, en hémorragie de vie, carburant à l'allure maintenue. On pousse un peu plus fort et on imagine Chelsea sur un lit, allongé, en attente avant la reprise du taf. Un morceau de corps mort dans l'opulence, la vraie, celle qui opte pour le minimalisme chic. Un zozo creuse le même genre d'ambigüités esthétiques, à cheval entre une hyper stylisation, mise en scène avec poutres apparentes, érotismes morbides, une ère glaciaire dans le viseur et plus excité par les reflets plus vrais que le corps lui-même. Guy Bourdin a passé sa vie avec un appareil photo dans les mains pour Vogue ou des marchands de chaussures. A son époque (entre les années 60 Ambiance claustro, quelques pointes rouges sang sur le bout des pieds pour palette graphique, des jambes inertes, un cadrage coupant, une fringue mortuaire et nos drôles d'attirances pour le climat figé. La violence est là, dans l'inertie avec un spectateur arrivant, bien souvent, un peu trop tard. Chelsea, peut-être une chic fille, on n'est même pas sûr, crève à petits feu au fond de sa chambre avec son mec à côté, à plat ventre pour faire des pompes et gonfler sa matière première sur le marché du corps. Elle semble si loin des flamboyances politiques et mythologiques d'un Che iconique, aujourd'hui en une des magazines chics ou sur des t shirts portés par des seins moulés à la louche. Elle est anonyme, mince et transparente. Emouvante. Et Soderbergh, cinéaste génial des flux du pognon (Trafic), frottent les mondes comme les faces opposées d'une même pièce de monnaie. Photo : Publicité Charles Jourdan par Guy Bourdin |
DS |