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La croisière s'amuse dans cet immeuble inspiré par Le Corbusier. La cité verticale est assimilée à un navire. La vie des habitants comparée à une croisière éternelle. Le paquebot rivé à sa colline Montréalaise fonctionne selon un standard de l'architecte suisse allemand (style et poésie en moins) : l'autarcie. On trouve, en bas, garage à voitures et lessiveuses. En haut, les allées comme des rues, le docteur, le gardien. Manque à l'appel l'école sous les toits, un centre d'art, quelques boutiques et la terrasse pour prendre le soleil. N'empêche, le modèle est bien là. Poussé à son paroxysme. A tel point, Cronenberg ouvre le bal avec un diaporama spécial "appartement pour vie idéale" monté en parallèle avec une scène épouvantable de meurtre (quelques étages plus hauts, un sexagénaire - sans mauvais jeu de mot - tue une jeune fille, lui ouvre le ventre, coule de l'acide dans ses entrailles, se coupe la gorge). Ce paquebot est un Titanic à la fois propre et infernal. La mise en quarantaine dans une prison high-tech d'époque d'une population frileuse. On pense à ces rues privatisées dans les quartiers chics des grandes villes. Garde barrière pour se prémunir des pauvres. Reste à se reproduire entre soi. Jouer à devenir monstre. Infiltrer un virus en forme de bite et faire imploser la mécanique. Archi propreQuelques courants architecturaux assimilaient la modernité avec les grands mythes technologiques « début de siècle ». Voir par exemple les salles de cinéma construites dans les années 30 / 40, directement inspirées par les locomotives, paquebots, avions. bref, des engins dédiés au mouvement, la vitesse, aux plaisirs liés aux déplacements rapides. Le docteur de la cité pense au cul de son infirmière. Le vendeur d'appartement, sourire figé, fait son taf sans réelle croyance. Le décalage entre concept et fait est têtu. Chacun à sa place. La trouille au ventre (duo de veilles femmes paniquées sur le pelouse autour de l'immeuble). L'enfer soft trouve son apogée avec les couloirs déserts, dont seuls un ascenseur rythme la vie (un paradis, mais où ? à quel étage ?). Photo : Charles-Edouard Jeanneret dit "Le Corbusier" Archi sexe La figure du savant fou est ici savoureuse et drôle (à quand une thèse sur le comique jubilatoire chez Cronenberg ?). Marre de la raison assimilée à l'ennuie. Ras le bol de la société éprise de cogito et de raison classique. Faudrait nous libérer tout ça. Lâcher les pulsions. Décharger la libido. Décoincer les corps et faire la bête à deux dos toute la journée, tel est le programme, paradoxalement scientifique, du savant tueur en début de film. Il expérimente un virus-bite parfaitement désinhibant avec une jeune fille qui, couchant de corps en corps, transmet le virus aux hommes de l'immeuble. Très vite, les habitants se cannibalisent par le sexe. Cherchent la chair fraîche. Croquent la pomme. Vivent une partouze permanente. Evacuent la culpabilité. Erotisent les corps jusqu'à perdre la capacité à fantasmer. Remplacent un cauchemar soft par un enfer hard. Les zombies du sexe se dévorent entre eux jusqu'à cette sublime conclusion : ouvrir les portes du garage pour filer en voiture vers la ville et continuer le travail. On rêve encore, 30 ans après, d'un Frissons 2.
La pulsion se niche dans l'arrière boutique Cherchez l'hygiène un peu trop fort et vous trouver le monde sale. Souhaitez la tranquillité un peu trop près ou vous rencontrez l'enfer. Vivez tous vos fantasmes et vous finirez dévorés. Délectez vous d'un film gore et vous verrez une grande comédie des années 70. Photo : Flesh de Paul Morrissey
DS |