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Ces étiquettes réversibles comme les saisons ferment généralement le ban des discussions. Dans ces conditions, pas simple d'arriver le cœur léger devant un Mr Fox surtaxé en défauts de ses qualités. Ajoutez la signalétique "film pour kids" + adaptation de Roald Dahl, auteur intouchable de Charlie et la chocolaterie… nous voilà carrément dans la merde avant même le lancement des pubs. Faut dire, le taf manque pas ce moment. D'un côté, Tim B. nous occupe à plein temps avec son somnifère Alice. Ben quoi, même Richi revient d'une semaine de stage "yoga junior" au Mont Lozère pour virer le folklore burtonien à la con. Tout ça pour faire encore et toujours comme si c'était la première fois. Car le truc consiste, parfois, à aimer des zozos malgré leurs breloques. A débusquer les cinéastes sous la brocante. Pire, éviter le bourre pif "caution culturelle" comme les romans labellisés éducation nationale. Alors on est un peu énervé à Palma. Du coup, on picole un remède garanti sans Red Bull pour entrer en ciné devant le super fox ou la pâlotte Alice ? une bonne dose d'Yves Saint Laurent par l'uper Alain Chamfort. On sort les brins de muguets, les anges enfilent leurs ailes noires, on glisse une robe Deneuve, la Saharienne tombe parfaite sur votre corps à nouveau effronté. Histoire de ne pas se sentir couturier pour vieilles dames… What else ?Que faire avec ses désirs ? Surtout si ceux-ci contredisent la bonne conduite en société ? Vaste question, justement au travail chez un renard en négociation avec ses penchants naturels : bouffer du poulailler industriel. Malgré sa promesse de gentil mari, une saine éducation pour son kid, un job cool et des conseils avisés sur tout, le zozo achète un terrier pavillonnaire devant la concentration de poulettes. De quoi monter des coups en douce, déclencher la guerre avec les fermiers adhérents au MEDEF. Résultat, une guerre ouverte avec la chefferie d'entreprise. Mr Fox et ses potes se planquent un peu plus profond sous terre pour fuir les militants énervés de la retraite à 70 ans. Comment sortir du merdier ? Fantastic Mr Fox la joue old school. C'est cash avec le stop motion, l'option fable à tous les étages et une affiche digne du cinéma d'animation tchèque des années 60. Mais par bonheur, Anderson débranche la nostalgie, rêve de rouler en DS3 et bascule sa petite affaire névrotique - bouger les bestioles image par image comme on collectionne les papillons - dans une aventure incroyablement revigorante. L'énergie passe par le décalage entre le taf pour animer les personnages et la volonté d'effacer la moindre trace liée à l'effort. Tout file, glisse, évolue avec une rapidité invraisemblable. Bouger, paraître, se la péter signent ici un véritable enjeu de style, voir un projet esthétique. Cette allure perso, générée par un Mr Fox / Georges Clooney, saute par-dessus les déterminismes en tous genres. Aussi bien sociaux, psychos ou biologiques. Il trimballe sa démarche mi loose - mi classe comme une fine couche branleuse pour enchanter le monde. Un truc secrètement travaillé dans son terrier pour faire le beau dehors, voir le beau partout et créer une belle liberté millimétrée entre le monde et ses envies guères répressibles. Du beau partout, même grotesque, surtout tape à l'œil. C'est-à-dire casse gueule. Là où le génie cro Cet affranchissement, proche de l'effronterie Saint Laurent, parallèle à l'auto-ironie appliquée comme une crème par Alain Chamfort, signe un humour mince comme du papier à cigarettes. Ca colle classe à la peau, ravive le petit monde enchanté d'Anderson, respire les risques du ridicule en jolie voiture. Pas la dérision, une distance chatouillante. On n'est pas loin d'une caresse subversive, profonde et suicidaire façon Oscar Wilde. La bonne réplique, le bel esprit, le passage à l'acte, l'aveuglement quant aux tsunamis provoqués par une allure niquant l'air de rien les codes en vigueur. Le style au cœur donc, comme Bill Muray porte un bonnet rouge dans la Vie Aquatique ou Adrien Brody chaloupe sa démarche flanelle dans une Inde fantasmée avec le Darjelling Limited. Ben tiens, ce sont justement les qualités assommées sur le cinéaste. Un truc constitutif de sa petite musique. Un style poussé pour passer par-dessus bord un gros tas d'assignations un peu pénibles. Dandy du jour? Ouep ! Dépasser sa vie animale comme son quotidien parfaitement socialisé impose des efforts à cacher. Le labeur reste au vestiaire et se présente au monde comme une pensée presque magique. Photo : Alain Chamfort Dexter runCe jeu s'épanouit dans un espace aux paysages scopes ou totalement claustros sous terre. Les cadres collent à l'esprit du pépère Fox : faire son super classe même au fond du trou. S'agit de cinémascoper les horizons physiques. Exploser les frontières économiques c Le film déploie alors ses beautés paysagères même dans la terreur souterraine. Un jeu dehors et dedans sur tous les plans pour glisser, planer, voler, se faire mal ou pire, tuer. Anderson cours après cette ambigüité paradoxalement douloureuse pour ouvrir les grands espaces, imploser ses héros entre quatre murs. Trouver l'oxygène même discutable dans les moindres replis. Des appels d'airs. Le style, c'est la liberté. Une respiration, un mouvement, une contorsion gracieuse pour s'offrir un immense terrain de jeu. C'est aussi un paquet de questions plus ou moins odorantes car lâcher le renard dans le poulailler implique la mort des poules. Du cool pas cool. La classe avec le sang au bord des lèvres. Un mouvement entrainant parfois la catastrophe. Toute l'ambigüité de Mr Fox se planque dans la classe gracieuse. Une position partagée par Dexter. Le flic à Miami mène également une double vie, se débat avec ses déterminismes psychotiques, se demande comment faire avec le monde quand ses propres mains cherchent le sang. Entre le meurtre de serial killer et la fascination perverse de ses actes, surgit la bricole arty. Un goût pour le beau. Du dandysme appliqué au macabre. Dexter utilise des installations arty pour déterminer sur une scène de meurtre les angles des giclures sanguines. Il créé des installations plastiques pour effectuer ses assassinats ritualisés. L'esthétique digne du MOMA à New-York envahit les espaces sombres d'une humanité contenant toute la violence du monde mais version glacée. Le beau comme outil du pire, de la liberté, de la catastrophe. Photo : Dexter - saison 4 Hauteur et bassesseMr Fox, même en Van Gogh blessé à l'oreille, ravive la bonne vieille scission politique riche et pauvre, marquée ici par une ville haute et basse. Les animaux asphyxiés se planquent sous terre quand les fermiers, pétés de stock options, développent leurs petites entreprises inspirés par l'industrie de la mort. L'artisanat contre la world compagnie. Anderson prend la distinction à la lettre et invente jusqu'à l'absurde une mise en scène verticale. Les riches en haut, les pauvres au 3 ème sous-sol bavant devant le magot, évidement motivés par un sale coup. Une situation qui n'est pas sans rappeler L'Argent de la vieille (Luigi Comencini). Soit la géniale comédie italienne des années 70 avec sa bande de chiffonniers défiant aux jeux de cartes une milliardaire sur les hauteu Comencini et Rodolfo Sonego (scénariste incroyable dans l'humour surenchère) poussent la farce jusqu'au tragique. Les prolos filmés avec amour sont à fond, jusqu'à la bêtise. La riche héritière fait sa salope dans son palace froid comme la mort. Et ça lutte, et ça tchatche, et ça winne maladroit pour mieux se casser la gueule dans un jeu pipé d'avance. A quitte ou double, on gagne, on gagne, et tu perds dans la dernière ligne droite. On assiste alors à une prise de risque ridicule pour la femme d'affaire, versus une question de vie ou mort pour le bidonville. Dans une situation dégueulasse, les pires instincts remontent à la surface. Honnêteté suprême de Comencini et Anderson, les dominés ne sont pas des anges. A l'image d'une autre série magistrale - The Simpsons - leurs mises en scène regardent frontalement la situation. Enregistrent au passage l'ânerie tremblotante des héros malgré eux. Et offre, par cette sincérité, toute la dignité nécessaire. On aime les zozos malgré les errements, parfois même le sang sur les mains. Cette compréhension de toutes les ambigüités est tout simplement magnifique, complexe, radicale. Un coup de boule gonflé d'amour noir. Et lentement, en bout de course folle, après avoir explosé tous les étages, tous les espaces, tous les cadres, perce une bricole encore plus puissante. Un peu d'amour entre Pépino et Antonia dans l'Argent de la vieille, une compréhension intermittente de l'autre pour Dexter, un lien indestructible entre Homer et Marge dans les Simpsons. Mr et Mrs Fox tiennent la barre malgré tout. Se connaissent fort bien. S'aiment car c'est ça au fond. Et c'est pas rien. Photo : L'argent de la vieille de Luigi Comencini
DS |