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Un projet attendu et pas qu'un peuOutre son pitch sec comme Christine Lagarde, loin d'être handicapant (c'est aussi le cas de Shining ou de E.T.), c'est le casting de cet Expendables qui fait l'évenement et qui file la trique. Un drôle de truc, composé de vieilles gloires de l'action (Dolph Ludgren, Jet Li, Eric Roberts), de vieilles super grosses gloires de l'action (Arnold, Stallone, Bruce Willis, Mickey Rourke, qui ressemble de plus en plus au Predator) et de la relève, composée de catcheurs reconvertis en acteurs (vu l'engouement pour ce truc kitch, la relève de Hulk Hogan, un grand b Ce casting, résumant la folie qu'est The Expendables, trottait depuis longtemps dans la tête de Stallone. Le projet a commencé à germer dans la caboche de Rocky en plein milieu des années quatre vingt, alors qu'il affolait le box office dans le sillage d'un Schwarzie indiscutablement plus malin. Le premier réalisait, le second choisissait les meilleurs réalisateurs et les autres ramassaient les (grosses) miettes. Après s'être associés avec Bruce Willis dans les affaires (les restos Planet Hollywood), les deux musculeux causent souvent d'un film les réunissant. Stallone, metteur en scène de son état, et plus cinéphile que son comparse, lorgne alors ouvertement vers des classiques du ciné tels que Les sept mercenaires ou Les douze salopards. Il verrait bien Steven Seagal et Van Damme dans l'affaire mais très vite, de gros problèmes se posent : qui en tête d'affiche ? Qui c'est qui gagnera à la fin ? Comment gérer un affrontement entre des stars de l'action sans faire passer le perdant pour un tocard ? Dans quel ordre on met les noms sur l'affiche ? Ne rigolez pas, jeunes gens, c'est au rythme de ces questions que la presse spécialisée (Impact, !) dispensait à des fans boutonneux des nouvelles du projet du siècle dernier. Photo : Les sept mercenaires de John Sturges Les sept mercenaires du DTVCe projet trois étoiles, devant mettre en scène des stars planétaires de l'action, est donc devenu, au terme d'un developpment hell si long qu'on ne l'espérait plus, Expendables : unité spéciale. Alors qu'est devenu le projet de nos rêves ? Où est passée l'idée de faire la partouze de stars initialement prévue ? Et puis c'est quoi ce titre ? Pour répondre à ces questions, il suffit de regarder le ciné d'action tel qu'il existe actuellement. Attention, on parle ici de films avec de Du coup, les stars de la baston d'hier hantent désormais le marché du DVD, interdits de grand écran pour cause de budget rikiki et d'absence de promo. C'est ce qui arrive depuis de nombreuses années à Dolph Lundgren, Eric roberts et les catcheurs. Et même quand le grand Dolph tourne le quatrième opus de Universal Soldier (la suite de la suite de la suite d'un carton d'Emmerich), la présence de Van Damme ne change rien : c'est Direct To Video. On appelle ça le DTV et c'est devenu le refuge des gros biceps (Wesley Snipes y a été récemment admis). Un purgatoire souvent définitif à moins qu'un Tarantino ne vienne ne vous en sortir. Stallone lui-même a failli sombrer dans le DTV alors forcément, maintenant qu'il est bankable pour cause de retour de crédibilité (et surtout de rentabilité), le voilà qui renvoie l'ascensceur à ses potes. Du coup, si on excepte Statham et, dans une moindre mesure, Jet Li, on se retrouve avec une floppée de pensionnaires du DTV, trois vraies stars tout de même un peu has been qui viennent faire des apparitions (Rourke, Willis, Schwarzie), le tout emballé par un mec sauvé de l'oubli par un scénario miraculeux (qui aurait cru, il y a à peine cinq ans, que Stallone reviendrait sur la A-list parcequ'il se révèle être un grand réalisateur ?). Ces Expendables ne seront donc pas la réunion joyeuse de winners qui ont l'avenir devant eux. Photo : Universal Soldiers - Regeneration de John Hyams Escape from the grenierPlus que des indésirables, on pourrait qualifier cet joyeuse bande de parias de "dispensables", comme nous y incite le titre du film lui-même. Une escouade de ringards jusqu'ici cloîtrés dans leurs séries B fauch Expendables prend donc vite les atours d'une version live de Toy Story 3 où nous, spectateurs, prendrions la place d'Andy, le gamin lassé de ses jouets, ou plutôt contraint de passer à d'autres idoles et s'employant à les faire sortir de sa vie. Les mercenaires aux gros bras d'ici, comme les jouets d'Andy, vivaient en cachette. Là-bas, Woody et ses potes s'animaient dans notre dos pendant que Dolph Lundgren et ses potes catcheurs tournaient des films en pagaille que presque personne ne voyait. C'est nous, public changeant et versatile qui, comme Andy, avons poussé ces zozos vers ce grenier du cinéma qu'on appelle DTV. Cachez ces corps que nous ne saurions voir, avait pourtant dit Hollywood à ces braves soldats devenus un peu trop encombrants pour une industrie du ciné d'action évoluant en douceur vers la grâce. Barrez-vous, les Lundgren, Seagal, Van Damme, Stallone. Cassez vous loin d'ici si vous ne voulez pas finir dans la ferme des célébrités. Ou recyclez vous, comme le grand autrichien. Faites de la politique. C'est d'ailleurs en substance ce que dit Sly à Schwarzie dans la scène les réunissant. Parceque ces vingt dernières années, les Depp, Damon ou autres Cruise ont chassé les gros biceps pour coloniser les écrans avec leurs physiques émaciés, juste barraqués comme il faut. Ces petits gars sont venus foutre le bordel avec leurs cerveau bien faits. Au lieu d'être de bons soldats, voilà qu'ils se rebellent contre leurs autorités avant de devenir des machines de guerre. Ces blaireaux se sont mis dans la tête de passer un DESS de physique quantique avant de se descendre des seaux de créatine. Alors comme Woody, Stallone doit prendre ses couilles à deux mains et sonner l'heure de la grande évasion. Photo : Toy Story 3 de Lee Unkrich Muscle freaks familyQue faire de ces corps lourds ? Que faire de ces dinosaures décongelés de leur eighties jurassiennes ? On pourrait remonter plus loin et voir dans le tout premier Rambo la prophétisation du surhomme devenu monstre. Souvenez-vous, le pitch ne disait rien d'autre, avec son histoire de super soldat surentraîné ayant un pe Maintenant qu'il a acquis une certaine expérience de sa dispensabilité, Stallone semble kiffer jouer les Elephant-man d'Elixia. Dans Expendables, pour gagner à nouveau le droit d'apparaître, on doit assumer la mise en scène du corps. Lui donner un sens, en faire un parchemin racontant l'histoire de sa vie en tatouant cette peau impie (l'alexandrin n'est pas volontaire). Organiser son retour, c'est donc d'abord maîtriser ce corps encombrant, le juguler. Et tout celà se passe forcément sous l'oeil bienveillant de Mickey Rourke, corps difforme s'il en est revenu en grâce à Hollywood. Chez Mickey Rourke, on cause de son passé (de mercenaire mais aussi d'acteur), on s'entraîne, on se confie et on élabore le scenario du retour à la surface. Véritable sas de décompression du réel avant de passer vers la fiction, c'est d'ailleurs là que les morts reviennent (Lundgren à la fin), comme si, après le tournage, les acteurs se réunissaient dans cette loge pour causer de leurs rôles. Bon, ils sont un peu tout le temps torse nu, les gars, et ils aiment bien rester entre mecs, mais ils sont sympas qu Expendables est donc un film absolument old school. Vieillot, diront certains, et on ne les contredira pas. C'est même nécessaire. On a l'impression d'être en présence d'un film de résistants, à l'image de Terminator 3 (le dernier film officiel starring Arnold aussi bon qu'oublié), où le robot à Ray Ban opposait sa lourdeur archaïque à la légereté perfide d'une terminatrice ne cessant de vouloir le reléguer à la casse. On s'y envoyait des matériaux lourds à la figure (cuvette de chiottes, la scène de la grue défoncant goudron et béton armé) comme pour contrebalancer l'abstraction des autres actionners high tech. Quelques années après, il est difficile de ne pas y voir le baroud d'honneur d'un Arnold Schwarzenegger trop conscient de son anachronisme dans le paysage cinématographique. Toujours un coup d'avance, l'autrichien. Sur ce coup, et comme à son habitude lorsqu'il s'agit de le comparer à son rival de toujours, Stallone, compense par l'émotion ce qu'il perd en efficacité. Arnold est toujours parfait quand Sly expose ses failles. Expendables est donc un film sur la souffrance filant paradoxalement la banane tant l'empathie avec cette bande de parias, et surtout leur chef, est forte. Et puis quelquefois, quand on remet des piles neuves dans un vieux jouet, on peut avoir des surprises. Causez-en à Stallone qui, en délogeant le méchant général d'Expendables, finit par tomber secrètement amoureux de sa fille. Comme un teenager obligé de se cacher dans le corps d'un monstre. On en arrive à une belle inversion : Statham, officiellement adoubé comme l'héritier de Rocky, raisonne Sly, comme un père console son fils. Photo : Rambo de Ted Kotcheff / Terminator 3 - le soulèvement des machines de Johnathan Mostow
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