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La trilogie Donnie Darko, Southland Tales et The Box donne le ton en moulinant une vaste cinéphilie vernie par les années 70, 80 et 90. Du coup, ça bastonne à rebours les années 2000 avec un sacré goût de reviens-y. On assiste à une lente implosion d'un présent lacéré par des contres temps dévastateurs. De quoi perturber les flux tranquilles du jour, les narrations linéaires ou tout simplement les formes esthétiques super pépères. On s'emballe, mais n'empêche. C'est comme si Kelly préparait depuis 10 ans le surgissement Avatar. C'est-à-dire, une ouverture vers des immenses voyages psycho-fantastiques avec des héros largués entre deux mondes, perdus dans les plis d'univers confondant, à la poursuite de grandes obsessions cinéma. Un procédé un tantinet oublié ces dernières années à Hollywood. Trop Futuroscope. Trop kitsch. Trop gag. Trop Quatrième dimension avec son versant pédago. Lost en bas de chez soiPourtant, Kelly et Cameron aiment perdre les jeunes gens dans le mouvement et le temps, alimentant ainsi leurs mises en scène d'une obsession fantastique. Ouep, espace et fuseaux horaires font battre le cœur des zozos. Ouep, les mecs ne tremblent pas devant l'ampleur du sujet digne du bac philo. Encore ouep, leurs approches ne se per Donnie Darko, en révouillant d'histoires incroyables dans son lit, en bataillant avec un lapin lynchien, en se demandant quand se termine la vie et où débute la frontière avec la mort, donne le top départ pour une longue série d'ouvrages dont Avatar est probablement le paroxysme (avec la série Lost en toile de fond). Car si Cameron opte pour le grand 8, imposant ainsi une posture paradoxale de réalisateur "modeste" devant la montagne Zarathoustra à gravir, Kelly préfère l'artisanat arty, une forme théâtrale cash, la crème-gel dans ses cheveux ébouriffés et fonce droit dans les schizophrénies d'un jojo Losey. La faille spatio temporelle creusée par Donnie Darko prolonge le goût du dépouillement comme The Servant niquait les repères d'un appartement devenu enfer mental. Même désir pour la finition des décors, les ambiances niquée par un simple cadrage sur un meuble, un plateau super théâtral (tout est précis, nickel, rien de gratuit, une machine à sens avec 3 bouts de ficelle), la confusion des intérieurs psychotiques et à l'évidence, le style arty pour la prime à la jeunesse. Autrement dit, Carmeron opte pour les grands espaces, Kelly préfère l'enfer mental. Un petit théâtre sans boulevard. Sans issue. Photo : Avatar de James Cameron La main dans le tripPour Kelly, la juxtaposition d'époques sécrète son propre dérèglement des sens. Dés l'ouverture du film, après une presque mort, Donnie Darko vélote à travers les espaces temps fantastiques et retourne vers le futur. Il rêve à la Delorean – la caisse, pas une crème pour la peau – filmée par Zemeckis dans les années 80. L'enfance est à réinventer pour un kid proche de l'état liquide, tellement l'ennui guète, tellement le jour fait chier. Faut donc le ciné, le fantastique, la pathologie, la philosophie ou Zemeckis, c'est confondu chez Kelly, pour sortir du merdier. Du coup, D Ce trip vire momentanément la déprime du quotidien, l'asthénie, le pathos même au prix de l'effroi. Il trouve sa réalisation dans les secondes magiques, plus ou moins terrorisantes, surgies par bouffées, dont la principale valeur tient précisément à la rupture avec le réel. Ces bulles, merveilleuses et infernales, ressemblent furieusement au ciné. Elles bousculent une conscience trop pessimiste. Elles refusent le chemin vers la mort. Elles oxygènent un héros inconscient au sens fort du mot comme le spectateur au chaud dans la salle. Cette respiration artificielle, joue avec le temps, avec le mouvement, avec la grammaire cinématographique en somme, pour un combat perdu d'avance. Il faudra se réveiller. Se confronter au réel. Il faudra. C'est toute l'histoire du cinéma qui se joue sous nos yeux. C'est la story de Donnie Darko. C'est-à-dire une somnolence dans la chambre, un réacteur d'avion lui tombe sur la gueule mais quelque chose le protège pendant la durée du film, pendant quelques minutes. Entre le deux, tout devient hésitant, fragile, largué, trippant. L'aire de rien, Kelly gravit lui aussi sa montagne Zarathoustra. Photo : Retour vers le futur de Robert Zemeckis Madame IrmaLe plus paradoxal dans tout ça, c'est la lutte de Donnie Darko pour ne pas trop se déconnecter du réel. Cette bataille se joue également pour la jeune filmo de Richard Kelly. Tout commence autour du 11 septembre avec Donnie Darko perdu dans les décombres des Twin Towers. Et c'est pas rien, tellement le film et l'événement historique se conjuguent quasi en simultanés. Les télés balançaient les images "fantastiques" de corps perdus dans les rues et Kelly, filmait un zozo se débattant avec les hallucinations d'un ado perdant le sens du réel, en quête de concret. Deuxième acte avec une guerre des images sous acides dans un Southland Tales secoué par la guerre en Irak. Toujours les mêmes questions de vérité et mensonge, mais cette fois dans un déluge d'images inspirées par les bombardements de reportages embaded. Où commence le reportage ? Quand sombrons-nous dans le faux ? L'hallucination ? Les cheveux de PPDA étaient-ils réels ? Enfin, la trilogie du samedi soir se fracasse en 2010 sur la crise éco avec Maddof à ta porte : tu veux la super Box ? Tu veux acheter de l'argent ? Si oui, quelles sont les conséquences fantastiques d'un taux d'intérêt à 12 % ? Quand retombons-nous sur terre ? Autrement dit, soit Kelly a du bol, du pif ou bien des super conversations avec Bernard Guetta question géostratégie. Ou bien cette connexion avec la grande "actualité" le travail comme pas mal de grands maestro Hollywoodiens. En tous cas, ça commence à faire depuis 10 ans. Et l'envie folle d'en découdre avec son époque semble aujourd'hui indiscutable avec son projet. On résume : Kelly filme des zozos entre deux mondes, tentés par une rupture avec le réel et pourtant, sans cesse écrasés par des films hyper raccords avec les grands événements de la décennie. 2000 – 2010 : naissance et mort de la fin du mondeC'est peut-être pour ça. Donnie Darko, tourné en 2001, source un bon paquet d'œuvres réalisées dans les années 2000. C 'est-à-dire des films travaillés par la « fin du monde ». Un spectre cinéma hyper large, passant par Je suis une légende (Francis Lawrence), La Route (John Hilcoat), The Mist (Franck Darabont), mais aussi, pour une tonalité plus européenne, avec Les Derniers jours du monde (Larrieux brothers), Tetro (Francis Ford Coppola) ou Parle avec elle (Pedro Almodovar) et son histoire d'amour entre un mec un peu niqué et une jeune femme dans le coma. On continue ? Côté comédie, on pense à une merveille comme Very bad trip (Tood Philips) ou pour le dire en musique, carrément This is it ! (Kenny Ortga), chef d'œuvre à cheval entre la vie et la mort, fiction et documentaire, événement et intimité. Pour le dire à l'os, c'est Michael Jackson dansant une dernière fois sa prodigieuse résurrection artistique en passant par la case « mort » pour groover sur les débris d'un spectacle même pas né. Du coup, le premier film de Kelly pose une hypothèse à vérifier dans les mois à venir : Donnie Darko / Avatar forment probablement les marqueurs de cette décennie partie en couille question repères. Voilà peut-être les tot On trouve peut-être aujourd'hui un réveil avec Kick-Ass (Matthew Vaughn). Le héros veut devenir super héros sans l'aide de pouvoirs particuliers, sans effets spéciaux associés aux dérèglements des sens, sans rêverie ou caisson pour Avatars. Le zozo sort dans la rue, est bien éveillé, tient compte de tous les paramètres, en conscience, pour jouer les super mecs. D'accord pour le trip, mais en intégrant les données d'un espace temps quotidien. Une expérimentation quasi documentaire du fantasme, issu cette fois du monde réel. Le kiff procède d'une base solide, concrète, sans lunettes 3D. Juste un testing permanent de ses possibilités et des ratages banals. Le fantastique surgit sans l'aide du "cinéma". Terminé la fin du monde. Fini la perte des repères. Voilà un retour sur terre avec le nécessaire apprentissage pour sauter d'un immeuble à l'autre et le passage obligé d'une chute violente. On sort de la chambre, on quitte la machine Avatars, on touche le sol. On s'entraine pour le décollage sans planer. D'une certaine manière, Kick-ass c'est Donnie Darko en vie et en pleine forme. Une tentative de faire son cinéma en dehors de la salle. Sans protection. Sans projection. Une nouvelle route pour voir, ici, comment ça marche et comment changer le monde avec trois bouts de ficelles. Une décennie vient de passer sous nos yeux.
Gretchen : Donnie Darko c'est quoi ça comme nom ? On dirait le nom d'une espèce de super héros ou de je ne sais pas quoi. Photo : Kick-ass de Mattew Vaughn
DS |