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Isambart, professeur Maintenant, je m'encrapule le plus possible. Pourquoi ? Je veux être poète, et je travaille à me rendre voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s'agit d'arriver à l'inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète, et je me suis reconnu poète. Ce n'est pas du tout ma faute. C'est faux de dire : Je pense : on devrait dire : On me pense. − Pardon du jeu de mots. − Arthur Rimbaud Sortie de route universitaire pour Johnny Smith. la coccinelle file dans le ravin, 5 années de coma et retour sur terre. Son don pour la divination devient devoir. Chez Stephen King, à la manière d'un Rimbaud, être voyant n'est pas cool. La poésie en effet a un prix. Ramène sans cesse au réel avec pour devoir d'embrasser cette totalité. De son côté Arthur pète à table. De l'autre Johnny répare la société avec des bouts de ficelles. En commun, ce détour poétique pour un retour au réel plus dure encore. Jouer les poètes en 1982 n'est pas une mince affaire. La posture sombre nécessite quelques aménagements. Il ne s'agit pas de travailler (quelques cours privés), de se mettre en couple (la dulcinée n'a pas attendu), de rester à l'écart volontairement (à la fin, la société rattrape comme l'amour mais il est trop tard). Dead Zone retrace magnifiquement l'impossible retour vers la vraie vie. L'expérience poétique. Le dérèglement des sens. Photo : Arthur Rimbaud Mélodrame, sacrifice et révélationComment faire lorsque je est un autre. Que les autres sont des je en périls ? Les hurlements du réel sont inaudibles pour le commun des mortels. Les entendre veut dire les dire malgré les conséquences pour Johnny Smith. Les questions existentielles glissent sur la peau de chagrin comme un chapelet de thèses sur le rôle de l'artiste (poète ou cinéaste, c'est au choix) : voir n'est-il pas un enfer de responsabilité ? Que signifie l'idée de vérité ? Faut-il prévenir les lecteurs /spectateurs de grands dangers ? Clairement, oui. Se sentir déranger. Sur un terrain instable (revoir « Crash »). Laisser le virus des images troubler l'ordre des choses et rétablir un équilibre en bout de course. Ici, Cronenberg filme magnifique - classique (la même année sort Vidéodrome qui peut être vu comme un développement noir et expérimental du personnage voyant). Une belle photo automnale nappe le générique. Fait apparaître les trous noirs. Permettra à Johnny Smith de se confondre avec la part obscure des vies vues de loin, touchées du doigt, à sauver. Cette stylisation volontaire parcours le film avec rigueur. Adoucie les mours. Fait naître le fantastique dans le quotidien (loin des effets de manche). Comme une main sur la peau, notre oil devient sensible. Les nuances se transforment en événements. Savoir regarder et le spectateur aura fait du bon boulot. Mais la perversité n'est jamais loin chez le canadien. Elle guette dans la scène finale (je donne ma vie volontairement pour sauver le monde). Le héros risque de tuer l'enfant qu'il n'aura jamais eu avec son ex-copine échappée vers le populisme politique. Désir inconscient de vengeance ? C'est précisément cette situation scabreuse qui va éviter l'ultime violence et faire tomber l'homme politique ravagé. La scène offre une photo à la presse. dernière image voyante, dévoilant la vérité d'une situation. encore une histoire de révélation.
DS |