Panier Garnier
Les meilleurs souvenirs de Philippe Garnier au festival Lumière 2009


Y'aura t'il du cinéma au matin ? Quand les paupières s'ouvrent mal dégrossies dans une salle noire. Quand le festival prend un malin à traverser le soleil fraichement levé. Quand justement, la nuit tombe sur les collines de San Francisco, plein ouest. C'était entre 9h00 ou 11h00, chez les Lumières justement, histoire de voir comment un nom si frenchy, Philippe Garnier, cause toujours le Gonzo illustré quand partout les rotatives baissent en régime. Et piger pourquoi on attendait ses articles dans Libé comme autant de mauvaises nouvelles des étoiles. Comment le journaliste frappait les pages d'un quotidien en grande forme avec ses potes Skorecki ou Bayon, eux aussi en états modifiés d'écriture. Comment tombaient les grandes unes, genre Wells mort et remort sur des immenses papiers aujourd'hui conservés au jaune.

A l'époque, le zozo titrait "Pas de fleurs pour Rosebud". C'était le foutu samedi 12 octobre 1985, soit 24 ans avant de payer sa tournée de films noirs à Lyon. "Il est mort sans fanfare, sans douleur et sans pleurs". Le ton cassait quand d'autres scribouillards tiraient les cordes encore plus fort pour dresser la statut orthodoxe dans son panthéon à hydrométrie contrôlée. Et puis ça aussi, comme un aveu méthodologique rarement balancé dans les écoles de journalisme : "Il avait élevé  la conversation, l'anecdote et le ragot presque au niveau d'un des beaux arts – et oublié de faire le reste". Truman Capote réquisitionné pour l'occasion, la mauvaise langue avec. Du journalisme raccord avec la petite histoire indispensable.

Car avec Garnier, comme son maestro Grover Lewis – journaliste barré à Rolling Stone dans les années 70 - les grandes gueules passent à la moulinette et les petites frappes font bang bang avec les légendes. La tendresse pointe quand les seconds couteaux sortent. Tous ces oubliés du cinéma. Tous ces genres et sous-genres. Tous ces journalistes. Un buvard pour les fictions et compilations de comédiens, réalisateurs ou techniciens en eaux troubles. The art of noir, à la racine d'une histoire branlée par les faits divers et le genre.

Garnier est venu traduire son pote Eddie Muller, fondateur et président de la Film Noir Foundation. Un fou furieux de San Francisco, cité avec ciel ouvert sur une poignée de polars comme autant de séries B cramées par une lumière blanche. De la surexposition signée Hal Mohr, chef op sur L'Ombre de San Francisco (Norman Foster). Une sombre histoire de fuite en avant pour le témoin d'un meurtre coursé par sa gonzesse, un flic et les meurtriers. Ca se termine dans un grand huit comme Orson les aimait, véritable incarnation d'un destin secoué par les virages attendus, effets garantis. Normal, Foster bossait, avait bossé avec le monstre tout en menant des projets pour Walt Disney. Un garçon ouvert en somme.

Comme dans 711 Ocean Drive (Joseph M. Newman), ça doit finir mal, si possible sur un monument aux morts. En l'occurrence, un barrage en plein jour. Les héros conjurent le temps et l'espace, mais échouent sur le gigantisme spectaculaire. Un édifice qui hurlerait "souviens-toi" ! La lumière ne cachait rien, ça sentait bon le vent, presque un air libre mais non, la nuit rattrape en pleine lumière. On croyait tout voir, tout savoir, mais non. L'art du noir en plein jour, dans San Francisco l'hédoniste et la révoltée, en plein paradoxe esthétique.

Comme un vieux papier signé Garnier sur Wells, rameutant le trouble sur la statut surexposée volontaire du vieux maître. Le Rosebud à dénicher quand tout semble vu. Ou l'inverse, un peu de lumière sur les soldats oubliés de Hollywood. Ils sont légion.

 

 

 

DS